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Trois questions … à Bernard Njonga

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 njongaIl émet un avis critique sur les produits agricoles Made in Cameroon

Quels sont, selon vous, les défis des produits agricoles made in Cameroon ?

L’un des facteurs est la concurrence déloyale des importations. Les produits manufacturés en Europe, en Asie, ou en Amérique du Nord bénéficient de subventions aux agriculteurs occidentaux et de perfectionnement technologiques. Lorsqu’on y ajoute leur production en masse, induisant d’énormes économies d’échelle, ils arrivent au Cameroun avec des prix bas par rapport aux mêmes produits conditionnés localement. Sur ce point, c’est au gouvernement de prendre ces responsabilités, en protégeant ses agriculteurs et investisseurs locaux, dans le respect es normes de l’OMC, et en donnant une chance aux produits camerounais de bonne qualité. L’enjeu de cette équation courageuse est la souveraineté alimentaire qui conditionne elle-même aujourd’hui la souveraineté d’un Etat. D’autres défis se rapportent à la qualité des produits camerounais sur le marché de la consommation alimentaire. En dehors des produits de rente exportés, on n’a pas encore réussi à transformer nos produits agricoles pour en accroître la consommation via des industries agroalimentaires proprement camerounaises.

Les opérateurs privés qui s’y lancent n’ont pas les capitaux adaptés pour une production de masse, et il est difficile qu’il en soit autrement parce que le marché est inondé d’importations qui font une concurrence déloyale à des produits Made in Cameroon de qualité. Cependant, dans cette sous-industrialisation, il y a des entités et des personnes qui se lancent avec hardiesse et réussite. Les produits laitiers fabriqués par la Tadu dairy coopérative, un de nos partenaires lors des journées de dégustation et du comice agropastoral d’Ebolowa sont de qualité supérieure (parce que fait avec du lait camerounais) par rapport à ce qui est vendu sur le marché local, le Riz de Ndop(UNVDA), Yagoua(SCPR-SEMRY) l’est tout autant que ce riz artificiellement conservé en provenance d’Asie. Or ces produits ne sont pas en grandes quantités sur le marché du fait des coûts de transport et des capitaux faibles pour une production de masse.

Des organisations membres de la coalition souveraineté Alimentaire Cameroun (Cosac) travaillent dans d’autres secteurs, notamment les jus de fruit naturels, les fruits séchés. Certains exportent même vers les Etats –Unis et l’Europe, mais beaucoup sont limités par des problèmes de packeging et de marché. NT Foods, qui commercialise des produits agroalimentaires sous la marque Tanty en est un exemple de ces entrepreneurs qui ont osé, malgré un environnement hostile. C’est encore à l’Etat de faciliter l’émergence d’un secteur agroalimentaire camerounais en prenant des mesures incitatives pour produire davantage la matière première et la mise en place d’industries locales en limitant les importations.

Le financement des produits agricoles Made in Cameroon reste une grosse équation…

Le financement de la production agricole n’arrive pas dans les champs. Il est détourné dans des circuits maffieux au centre desquels se trouvent malheureusement certains agents de l’état. Il y a ensuite, pour les opérateurs d’une filière agroalimentaire nationale, l’absence des capitaux. Pourquoi un opérateur économique national se lancerait –il dans la production en masse des farines de manioc panifiable alors que l’Etat n’a pas  introduit la farine de manioc panifiable à 10 % ou 20% dans le pain vendu au Cameroun ? Pourquoi le riz camerounais se vend-il plus cher au Nigeria, alors qu’il est, par ailleurs, en partie subventionné par l’Etat ?Il serait difficile de voir émerger une agro-industrie camerounaise tant que l’on prendra le chemin de la facilité qui est celui des importations. Il faut que nous produisions ce que l’on mange. On peut comprendre que le Cameroun de l’électroménager ou de l’automobile japonais. Mais il est anormal que la Cameroun importe également ce qu’il peut produire à moindres frais s’il s’en donnait la peine.

Comment envisager leur promotion et leur vulgarisation ?

 Pourquoi pas envisager l’existence d’une chaîne de magasins du Made in Cameroon, pour donner une visibilité commerciale à tous ces entrepreneurs, des plus grands au plus artisanaux qui se battent  pour donner de la valeur ajoutée aux produits de nos champs. En amont, il faut que le Cameroun produise au niveau de son potentiel, c’est-à-dire largement plus qu’il ne le fait en ce moment. C’est pourquoi nous ne manquons pas de dénoncer les errements de notre agriculture et les mauvaises solutions qui y sont apportées. Nous ne dénonçons pas seulement, nous proposons aussi, nous accompagnons, nous offrons notre contribution au bien –être des camerounais.

 Propos recueillis par Jeanine Fankan

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