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Massacre des éléphants au Cameroun : la culpabilité des chinois

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elephantAprès la grande tuerie de plus de 300 éléphants, en janvier 2012, à Bouba-Ndjida, l’un des parcs nationaux du Cameroun, situé dans la partie septentrionale, en bordure du Tchad, l’on a encore découvert, en février 2013, les carcasses de sept pachydermes, sur le même site. Au terme de l’examen des carcasses, des éco-gardes affirment que « la tuerie de ces sept éléphants se serait passée il y a une ou deux semaines ».Cette tuerie est survenue fort opportunément au moment où le parc a été vidé de tous les éco-gardes. Ils avaient été envoyés au parc de la Bénoué pour une formation sur la lutte contre le braconnage.

La question est de savoir pourquoi choisir cette période pour vider le parc de Bouba-Ndjida de tous ses éco-gardes ? Alors que l’information selon laquelle, « quelques bandes organisées s’apprêtent à réitérer l’extermination des éléphants de Bouba-Ndjida» existait déjà. Une information que le jeudi 21 février 2013 à Yaoundé, lors d’un point de presse, Roger Tchoungui, le Secrétaire général adjoint de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac), venu pour annoncer la tenue, du 25 au 27 février  2013  à Garoua, d’une réunion d’urgence des ministres de la Ceeac en charge de la Défense et de la sécurité, des Relations extérieures et de la Protection de la faune, va confirmer. En effet, à l’occasion,il a annoncé qu’une bande de braconniers équipés en armes de guerre est en route pour la réserve afin de rééditer l’exploit de janvier 2012.

A signaler que cette réunion des responsables de la Ceeac portait sur la mise en œuvre d’un Plan d’extrême urgence de lutte anti-braconnage (Pexulab) dans la zone septentrionale (Nord-Cameroun, Sud-Tchad et Nord-Est de la République centrafricaine).

Roger Tchoungui, lors de ce point de presse, précisant que ces individus en provenance du Soudan, les mêmes braconniers qu’en janvier 2012, étaient déjà présents sur le terrain, montés sur des chevaux, et lourdement armés, a ajouté que s’ils réussissaient leur exploit de 2012, on pourrait ne plus parler d’éléphants au Cameroun.

Certes, à en croire des experts comme Honoré Tabuna, qui est spécialisé sur des questions de valorisation de la biodiversité, cette nouvelle menace dépasse les questions liées à la conservation et à la biodiversité et atteint directement l’intégrité des territoires, la paix et la sécurité qui  en sont le premier axe stratégique des activités de la Ceeac. Mais l’on ne peut manquer de se demander pourquoi s’attaquer aux éléphants alors que le commerce de l’ivoire, issu des défenses des éléphants est interdit depuis 1989 par la convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), qui est un programme international chargé de la protection de la faune et  de la flore sauvage.

Nos « amis » chinois

Des 5 millions d’éléphants en Afrique, en 1930 .Il en reste environ aujourd’hui entre 400 000 et 500 000 pour tout le continent. Le WWF précise qu’il n’en resterait que 470.000 au total, dont moins de 500 au Cameroun. Ils ont été victimes du trafic de leurs défenses en ivoire. Un trafic qui a connu son apogée depuis l’interdiction de 1989, en 2011. Cette année a été celle du record de saisies d’ivoire illégal à travers le monde: 38,8 tonnes (soit plus de 4 000 éléphants).

Selon un rapport publié en juin 2012 par la Cites, aujourd’hui encouragés par un trafic important en Asie, où les prix de l’ivoire s’envolent, «le braconnage des éléphants est à son pire niveau depuis une décennie et le volume des saisies d’ivoire enregistrées atteint celui de 1989». En effet, la demande, essentiellement en Chine et en Thaïlande est si forte que, des individus violent les frontières pour aller s’en procurer, à l’exemple de ces cavaliers soudanais qui quittent leur pays, traversent le Tchad, la Centrafrique,  pour venir faire leurs razzias au Cameroun.

Toutes les sources sont unanimes pour reconnaitre que la Chine est la principale destination de l’ivoire retiré des éléphants braconnés dans le monde et particulièrement en Afrique. Pour Tom Milliken, de  TRAFFIC, un programme commun du WWF et de l’UICN (Union Mondiale pour la Nature), «la Chine est le principal marché sur lequel l’ivoire aboutit aujourd’hui». Ici, l’ivoire est « depuis des siècles considéré comme un symbole de statut social élevé en Chine ». Et les fruits de la croissance nouvelle en Chine aidant, l’on a vu naitre des millions de consommateurs désireux d’acheter de l’ivoire sculpté. Une raison suffisante pour que le prix de l’ivoire triple entre 2006 et 2011, d’après le Fonds international pour le bien-être des animaux (IFAW), basé au Canada.

Il y a lieu de reconnaitre qu’il sera difficile à la Communauté internationale d’effacer chez les chinois le besoin de collection des bricoles en ivoire, surtout que ce pays autorise la revente d’ivoire achetée avant l’interdiction en 1989. Plus, elle dispose d’un stock acheté en 2008 avec l’agrément de la Cites pour vider le marché noir. Toutes choses qui ouvrent la voie à la vente et revente d’ivoire illégal.

Le gouvernement camerounais doit alors prendre des mesures définitives aptes à faire échec à toutes tentatives d’extermination des derniers éléphants du Cameroun. On se rappelle  l’installation d’un détachement du bataillon d’intervention rapide (Bir) en janvier 2012, pour lutter contre les braconniers soudanais. Ce détachement devraient être suffisamment renforcé et doté de moyens de contrôle terrestres et aérien de Bouba-Ndjida, de même que l’augmentation du nombre des éco-gardes pour pouvoir mieux quadriller la superficie, non seulement du parc de Bouba Djida qui couvre 220 000 hectares, mais de tous les parcs naturels du Cameroun.

Awa Balkissou

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