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LES CAMEROUNAIS NE FONT PLUS DE DON DE SANG

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Hôpital central de Yaoundé. Les donneurs se font de plus en plus rares à la banque de sang de cette formation hospitalière dans ce contexte marqué par la covid 19 alors que la demande n’a pas baissé.

La journée du 17 juin 2020 atteint la moitié de son tour. Une dame entre avec célérité, au portail de l’hôpital Central. Le regard lointain, l’angoisse se lit sur son visage, Maman Henriette se rend à la banque de sang. Une fois à cette banque de sang de l’hôpital Central. La salle d’attente est inondée de femmes, d’hommes et de jeunes. C’est maman Henriette, haletante, fonce droit devant la salle de distribution.

Comme, elle, d’autres personnes veulent du sang pour sauver des vies à leurs proches.

Sur le coup on dénombre 6 garde-malades. Pour se faire, ils s’y présentent avec des seaux, des glacières pour acheter du sang.

Maman Henriette a entre les mains, la clé de la guérison de son fils. Ce dernier se trouve dans une formation sanitaire de la ville.

Il lui faut urgemment deux poches de sang. Après quelques renseignements, un personnel de la maternité lui aussi en quête de sang lui recommande de se rendre à la caisse de l’hôpital pour régler sa facture. La femme fonce dans une salle et ressort quelques secondes plus tard agacée. Il y a urgence, mais elle tourne en rond : « Je dois remonter jusqu’à la caisse. Pourquoi ne m’a-t-on pas dit qu’il fallait verser de l’argent à la caisse ».

Les aller-et-venus se multiplient par petits groupes, des personnes arrivent. Sont-ils tous donneurs de sang ? La réponse est très vite trouvée lorsque le major de la banque remet de l’ordre.

Seuls les candidats au don de sang et les donneurs sont autorisés à occuper les sièges de la salle d’attente en respectant les mesures barrières (distanciation et port de cache-nez). Seule une poignée de personnes reste présente dans la salle. La foule était en majorité constituée des accompagnateurs.

Jean Blaise Atangana est venu faire un don de remplacement. Pour l’exercice, les infirmières installent le jeune homme sur la chaise de prélèvement dans la salle réservée à cet effet. A l’aide d’une boule rouge, il pompe pour faciliter l’écoulement. Au bout de quelques minutes, la sonde est retirée et le jeune homme est aussitôt remplacé sur la chaise par un autre donneur. « J’ai quelqu’un qui a été opéré et il faut remplacer du sang. C’est la deuxième fois que je fais un don de sang dans les mêmes circonstances », informe Jean Blaise Atangana.

Dans la salle de prélèvement, les six chaises sont occupées par les candidats au don de sang. Ils se présentent dans ce service munis d’un plateau contenant leurs résultats et une poche pour transfusion. Le personnel de ce service accueille et installe les donneurs. Les informations sont vérifiées et un numéro unique est généré à chaque donneur. Ceux-ci passent au don de sang concrètement sur des hémomixeurs.

« Le don de sang varie d’une personne à une autre. Il peut aller de 2 à 15 minutes en fonction du débit de la veine », nous renseigne-t-on. Le don effectué, le donneur est remercié avec une bouteille de jus.

La covid-19 impose de nouvelles habitudes

poche de sang

La banque de sang de l’hôpital central de Yaoundé s’adapte à la crise sanitaire causée par la maladie à coronavirus. Avant sa survenue, le donneur remplissait sa fiche de paramètres dans les box aménagés avant le prélèvement pour les tests pré-dons. Dès la disponibilité des résultats, le médecin procédait à la sélection médicale qui consiste à déterminer leur éligibilité au don. Depuis la période de pandémie, le personnel de santé se charge de tout.

« Lorsque le candidat au don arrive, il se désinfecte les mains, il donne son besoin et s’assoit. Il passe directement à la prise des paramètres et le test pré-don. Les résultats sont directement remis au médecin qui va remplir la fiche médicale du candidat », explique Simon Noël Ateba, major de la banque de sang de l’hôpital central de Yaoundé.

Autre changement, toutes les portes sont largement ouvertes. Cette mesure permet aux personnels et aux usagers de circuler sans être en contact avec les surfaces susceptibles de contenir et contaminer le virus. Dans la salle de prélèvement, la climatisation a été arrêtée. Les ouvertures sont mises à contribution pour la ventilation.

La salle de repos réservée aux donneurs est désormais inoccupée.

Les donneurs, une denrée rare

Dans les autres services notamment le laboratoire, la salle des réactifs, la salle d’incinération, la salle de préparation, la salle de tests infectieux ou encore la salle de distribution, le personnel se rompt à la tâche. Notre intrusion dans les services ne suffit pas à les ralentir. Il faut répondre à la forte demande. Pour un besoin national de 400 000 poches de sang, le Cameroun couvre à peine 70 000 poches. Une étude comparative réalisée par le docteur Tayou et une équipe de professionnels entre janvier et avril pour les années 2019 et 2020 dans quatre formations hospitalières du Cameroun démontre que le don de sang a connu un recul de près de 22% pour l’année 2020. Plus de 800 donneurs ont été perdus au cours du mois de mars 2020. La principale raison étant la pandémie de coronavirus.

Une étude qui met en lumière la rareté des donneurs de sang amplifiée par la crise sanitaire qui secourt le monde actuellement.

La banque de sang de l’hôpital central de Yaoundé doit faire face à cette réalité. « Les bénévoles ne sont pas toujours en nombre suffisant. Sur le total de dons de sang, nous avons moins de 10% de bénévoles. Or ce sont les meilleurs parce qu’ils sont des donneurs à faible risques infectieux. C’est notre meilleure arme mais, ils sont rares », déplore le major de la banque de sang. L’offre est de ce fait supérieure à la demande.

Pour la journée du 16 juin 2020, 97 personnes ont été reçues pour le don de sang.

Une stratégie a été trouvée en interne pour satisfaire les demandeurs de sang. « La direction a autorisé les superviseurs à pouvoir donner du sang aux malades en attendant qu’ils viennent faire le recouvrement plus tard. Une moyenne est de 15 poches de sang est donnée en urgence par jour », indique Simon Noël Ateba.

A côté de cette difficulté, le professionnel de la santé évoque l’absence de culture du don de sang. Celle-ci est liée aux cultures et aux religions.

La situation est la même à l’hôpital militaire de région n°1 de Yaoundé. A l’occasion de la semaine nationale du donneur de sang organisée par la Fecadobes, un centre pilote de don de sang a été installé dans cette formation sanitaire. Objectif : approvisionner la banque de sang. « La covid 19 n’est pas une contrindication au don de sang pourtant nous voyons qu’il y a une baisse de la fréquentation de l’hôpital et même de la banque de sang en ce qui concerne précisément le don de sang. La population n’a pas compris ou a simplement peur d’approcher les structures sanitaires pour effectuer le don », expose Dr Célestin Roger Ayangma, Colonel médecin biologiste, chef service du laboratoire de l’hôpital militaire de Région n°1.Comme à l’hôpital Central, à l’hôpital militaire de région no1 de Yaoundé, des stratégies sont mises en place. Le colonel explique : «Nous mettons plus en place les dons de remplacement Nous offrons des cartes de fidélisation aux donneurs. Ils ont la possibilité d’avoir la gratuité des examens. Un donneur fidèle et sa famille directe peuvent bénéficier des bilans gratuits au niveau de l’hôpital. Ils seront prioritaires en cas de besoin de sang. En ce qui concerne la prise en charge, les offres de service, le laboratoire, ils pourront avoir des gratuités et même une tarification de moitié pour certains examens».

Cécile Ambatinda et Guillaume Aimée Mete

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