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« L’agriculture subit de plein fouet les effets du changement climatique »

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emmanuel torquebiauLors de la dernière conférence des parties sur le changement climatique, en novembre 2013 à Varsovie, les pays en développement ont été au cœur de l’actualité. Face à la responsabilité historique des pays industrialisés dans le changement climatique, ces pays ne souhaitent pas être contraints d’atténuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Ils ont toutefois la possibilité d’y contribuer, notamment dans le domaine de l’agriculture.sur cette question, voici un entretien avec Emmanuel Torquebiau, chargé de mission Changement climatique au Cirad.

Les médias ont rapporté peu d’avancées lors de la conférence des parties qui a eu lieu en novembre 2013 à Varsovie. Qu’en a-t-il été dans le domaine de l’agriculture ?

 Emmanuel Torquebiau : Le simple fait que l’agriculture ait fait partie des débats est une avancée. En effet, le sujet n’est apparu que depuis les négociations de 2011 à Durban en Afrique du Sud. Or, si l’agriculture subit de plein fouet les effets du changement climatique, elle y prend également part à hauteur de 20 % à 34 %* ! Dans le même temps, les discussions ont également porté sur des objectifs d’atténuation pour tous les pays ce qui a permis, dans le domaine de l’agriculture, de faire émerger un débat sur la prise en compte simultanée de l’adaptation et de l’atténuation. C’est également une première. Or, si les efforts doivent principalement être fournis par les pays industrialisés, les pays émergents et en développement peuvent aussi, dans ce domaine, y contribuer.

 Pays émergents et pays en développement sont également à distinguer… Comment concrètement, dans le domaine agricole, les pays émergents peuvent-ils atténuer les émissions de Ges ?

 E. T. : Ils peuvent par exemple diminuer l’utilisation d’engrais et de produits phytosanitaires de synthèse, généralement issus de la pétrochimie. La mécanisation est également un autre poste de réduction en raison de l’utilisation d’énergie fossile. Les pays émergents peuvent ensuite jouer sur le stockage du carbone en ayant recours à des pratiques agricoles le favorisant telles que l’agroforesterie ou l’agriculture de conservation et en diminuant la déforestation. Enfin, ils peuvent diminuer les émissions de méthane liées à l’élevage ou à la riziculture inondée.

 Qu’en est-il des pays en développement ?

 E. T. : Ces pays ne souhaitent pas être contraints à atténuer leurs émissions. D’une part, ils jugent ne pas être historiquement responsables du changement climatique. D’autre part, ils estiment que leurs pratiques actuelles, déjà peu émettrices, ne leur permettront pas d’offrir une atténuation supplémentaire.

 C’est donc l’impasse ?

 E. T. : Pas tout à fait. Les premiers objectifs visés par ces pays sont la sécurité alimentaire et l’adaptation aux changements climatiques. Or, certaines des pratiques développées pour remplir les objectifs premiers permettent également, tel un co-bénéfice, de réduire les émissions de Ges. C’est le cas par exemple de l’agroforesterie.

 Adaptation et atténuation ne seraient donc plus à dissocier ?

 E. T. : C’est en effet ce que révèle une nouvelle tendance, l’agriculture climato-responsable ou climate-smart agriculture, réunissant trois objectifs : la sécurité alimentaire, l’adaptation au changement climatique et l’atténuation des émissions de Ges. En lien direct avec cette tendance, les scientifiques prônent aujourd’hui une approche « paysage » où agriculture et forêts doivent être prises en compte simultanément. Cette approche a notamment été portée lors d’un side-event à Varsovie auquel plusieurs chercheurs du Cirad ont participé. Un autre side-event, organisé par les Nations-Unies intitulé « Land sector » s’en rapprochait, ce qui est un signe fort pour l’introduction de ces idées dans les futurs débats et négociations.

* selon que l’on prend en compte ou non le changement d’usage des terres incluant la déforestation

In Cirad.fr

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