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Julbert Konango :« l’ agriculture camerounaise n’est pas attractive »

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ob_55ad12_julbert-konango Le délégué de la Chambre d’Agriculture des pêches et forêts (Capef), Littoral fait une lecture de la production agricole au Cameroun.

Quelle lecture faites-vous de la production agricole des céréales, des tubercules et huiles de palme au Cameroun ?

La production de denrées importantes comme les céréales notamment le maïs, suit l’évolution de l’augmentation démographique. La demande devient de plus en plus croissante et la production n’est plus suffisante. Cette insuffisance est constatée à plusieurs niveaux. Tout d’abord, il y a l’affaiblissement des terres qui diminue la production, vient ensuite la mauvaise qualité des intrants, notamment semences, pesticides, engrais. Hormis ces aspects, il y a également le prix élevé des intrants qui décourage les producteurs. La production ne bénéficiant pas de tous ces facteurs est obligée de rester stable. Ces désagréments contribuent à l’insuffisance des denrées telles le manioc, l’huile de palme et biens d’autres. Les Camerounais ont bien envie d’étendre leur activité et de produire en grande quantité. Mais, ce désir est souvent obstrué par les semences de mauvaises qualités qu’ils possèdent.

Pour faire booster la production, le gouvernement a mis en place un projet agricole, notamment le PACA. Au regard de l’incohérence entre la demande et la production, a-t-il échoué dans ses tâches?

Ces projets ne sont pas les premiers. Il y a des projets spécifiques comme le projet de développement des tubercules et racines, également des projets de développement de la filière maïs qui ont bénéficié de plusieurs milliards des bailleurs de fonds. Les résultats de ces projets ont peut être été appréciés au regard des rapports présentés aux partenaires, mais sur le terrain les denrées tel le Manioc n’étaient pas visibles. Aujourd’hui, le PACA intervient dans la production du maïs, du bananier plantain etc. Il est vrai qu’on constate une nette amélioration de la filière bananier-plantain, mais celle du maïs est restée sourde. Ceci parce que, les études réalisées par les experts de PACA n’ont pas répondu aux attentes des producteurs. Au lieu que le PACA commence le financement de la production de maïs par la construction des infrastructures de séchage et stockage, ils ont plutôt débuté par le financement des engrais. Une situation qui a fort contrarié les agriculteurs qui se sont retrouvés avec des centaines de tonnes de maïs sans savoir où les stocker et les sécher. Puisque le maïs ne produit qu’en saison pluvieuse, les producteurs qui ont bénéficié des semences n’ont pas su tirer profit de leur récolte. D’où les pertes.

Dans d’autres pays d’Afrique comme la Côte d’ivoire, l’agriculture a une place importante dans l’économie, pour cela les femmes et les jeunes s’organisent pour soutenir ce domaine. Au Cameroun un désintérêt est de plus en plus perceptible. Que doivent faire les acteurs agricoles pour relever ce secteur ?

Notre agriculture n’est pas attractive. Ce qui n’est pas normal. Il faut que les Camerounais se plaisent à faire l’agriculture. Cependant, il est difficile d’envisager pareille initiative parce que bon nombre de facteurs entravent ce domaine. A l’exemple, les grandes zones de production ne sont pas desservies par des routes facilement praticables. De plus, la réglementation n’est pas rigoureuse. C’est pourquoi dans nos marchés, on retrouve des intrants de très mauvaise qualité. Autre problème, le manque de recherche et d’innovation. Cette préoccupation a fait l’objet d’un débat. Les responsables ont bénéficié des appuis financiers. Malgré cela, les évolutions ne sont pas perceptibles. La semence de maïs que nous utilisons aujourd’hui est une semence qui a été mise en place en 1987. Cela montre que les agronomes ne travaillent pas. Pour essayer de développer le secteur agricole, il faut nécessairement que l’Etat élabore des stratégies pour permettre que le travail se fasse en synergie avec les acteurs agricoles et les fonctionnaires. De plus, le gouvernement doit par la même occasion intégrer de véritable programme de formation pour les agriculteurs. C’est autant de stratégie qui vont permettre de relever ce secteur qui sommeille.

Propos recueillis Ghide

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