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Henri Kelbe : »L’énergie solaire est mal appréciée au Cameroun »

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kelbeIngénieur de formation et spécialisé dans l’installation et la vulgarisation des énergies renouvelables, en particulier le photovoltaïque, Monsieur Serges Henri Kelbe est  Directeur des opérations à Dis-Tech, une structure qui opère dans le secteur de l’énergie solaire. Il dresse ici un état des lieux de cette énergie au Cameroun.

www.ajafe.info : La structure dont vous êtes le responsable est spécialisée dans la promotion et l’installation de l’énergie solaire ; quelles sont vos cibles principales ?

 Serges Henri Kelbe : Très honnêtement, nous avons plusieurs cibles. Mais notre cible privilégiée, est urbaine pour une utilisation rurale. C’est-à-dire quoi ? Nous essayons d’atteindre des personnes qui ont des maisons secondaires en campagne et qui ont de la peine à les électrifier par le réseau ordinaire qui tarde à arriver. Ceux-ci utilisent le plus souvent des générateurs, ce qui nécessite des coûts élevés, en termes de carburant et de maintenance.

Nous leur proposons donc l’installation de nos panneaux solaires qui, de manière prompte, pallie à cette absence partout où elles sont installées.

Avec les problèmes de délestages d’énergie électrique du réseau AES SONEL qui sont réguliers ici, des petits hôtels, des entreprises ne pourraient-ils pas constituer une autre de vos cibles ?

Honnêtement, nous devons nous approprier l’énergie solaire ; si vous voulez, elle s’utilise partout où l’on peut avoir de la luminosité du soleil. Nous proposons déjà cette énergie pour l’éclairage public, pour la sécurité des biens et des personnes ; nous la proposons pour la sécurité énergétique dans les domiciles, ça veut donc dire qu’elle peut aussi servir pour la sécurité énergétique dans les hôtels. Mais alors, les besoins des hôtels sont souvent assez colossaux au point où l’énergie solaire devient un peu onéreuse pour eux. Mobiliser 15 à 16 millions FCFA pour une grosse installation d’un seul coup est pesant. Il existe toutefois des pionniers qui commencent à s’y mettre et qui ont compris que c’est un bon choix.

En plein Berlin, Paris, Montréal… vous trouvez des installations solaires, alors que ce sont des pays où en dix ans, vous ne verrez jamais une ampoule clignoter parce qu’il y a une baisse de tension. C’est une alternative aux autres sources d’énergie.

Les hôtels que nous avons approchés pour l’instant nous sollicitent pour d’autres alimentations telles que des climatiseurs solaires et des frigidaires solaires, parce que nous avons aussi des appareils ménagers qui fonctionnent à l’énergie solaire.

 A vous entendre, on réalise que votre produit coûte cher et n’est donc pas à la portée de tout le monde ; dans ce cas, ne serait-il pas illusoire de penser que l’énergie solaire n’est pas pour les pays d’Afrique ?

 Ce serait peut être un tort que de penser que ce n’est pas une énergie pour l’Afrique, au contraire, la matière première  pour la production de l’électricité par le photovoltaïque se trouve en Afrique. Nous avons un taux d’ensoleillement de 2 à 3 trois fois supérieur à celui des pays occidentaux qui la vulgarisent pourtant mieux que nous.

Au Cameroun vous avez sensiblement 6 à 7 heures de soleil par rapport à l’Occident où l’on trouve 3 à 4 heures. Le problème se situe au niveau de l’acquisition du matériel producteur d’énergie, c’est-à-dire des plaques solaires.

Nous essayons de rendre les installations solaires à la portée du Camerounais moyen sinon du camerounais à faible revenu ; mais il subsiste encore un problème : l’entrée de ces produits sur le territoire Camerounais nécessite le paiement des frais de douane qui ne sont pas négligeables.

A l’importation, nous avons un fournisseur qui nous permet d’avoir des prix compétitifs. De manière globale, notre fournisseur depuis deux ans nous a permis de réduire nos coûts d’environ 30%. Mais rendu au niveau de nos boutiques, le produit ne baisse pas assez. Avec la TVA, les frais de douanes, on se retrouve encore avec un prix qui n’est pas à la portée de tous les Camerounais ; néanmoins, on dispose d’une bonne frange de la population qui peut, de manière aisée, acquérir des installations solaires, ne serait-ce que de base, c’est-à-dire l’éclairage.

Généralement, avec le solaire, on a des sorties de 12 volts, en continu ce qui ne permet pas l’utilisation du solaire pour des appareils ordinaires qui fonctionnent au 220 V en alternatif. Concrètement, faudra-t-il prévoir des appareils compatibles pour le solaire au  Cameroun ?

Pas forcement. Je vous disais tantôt que nous avons des appareils électroménagers que nous importons ; des climatiseurs solaires, des congélateurs et frigidaires solaires et même des téléviseurs solaires qui fonctionnent à 12 volts. Pour l’utilisation des appareils que vous avez chez vous, il vous suffit tout simplement d’adjoindre un convertisseur c’est-à-dire un équipement qui transforme un courant de 12 volts ou 24 volts en 220 volts voire 380 volts alternatif. Avec ça vous pouvez faire fonctionner tous vos équipements ordinaires. Donc l’énergie solaire ne nécessite pas forcément un rééquipement de votre maison.

  Avez-vous entrepris des démarches auprès des pouvoirs publics pour obtenir une exonération sinon une baisse sensible des taxes douanières et autres sur les intrants de l’énergie solaire ? D’une part, et d’autre part, est ce qu’il est possible d’envisager dans un futur proche l’énergie solaire comme la solution pour l’électrification des zones rurales au Cameroun ?

Nous partons d’un fait, le Cameroun manque d’énergie, soit pour l’industrie, soit pour l’épanouissement et la viabilisation de résidences des Camerounais. Pour pallier donc à ce déficit énergétique, l’énergie solaire est une des solutions. Si nous nous orientons vers cette solution-là, il faudrait que les pouvoirs publics s’impliquent.

Je peux vous dire avec certitude que le problème de l’électricité au Cameroun retient l’attention au plus haut niveau de l’Etat.Des instructions ont été données pour que les zones rurales camerounaises puissent bénéficier de l’électricité, quel que soit le moyen qu’il fallait utiliser. Il appartient maintenant aux spécialistes et experts du photovoltaïque de faire des propositions concrètes et viables à l’Etat du Cameroun. Je suis certain que des villages pourront, dans un avenir proche, être électrifiés par l’énergie solaire.

 Interview réalisée par Bernard Mawo

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