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Fortification alimentaire au Cameroun : l’état passe à la phase répressive

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ajafe huileDeux ans après la phase explicative et de sensibilisation sur la fortification alimentaire, le ministre du commerce du Cameroun, M.Mbarga Atangana a décidé d’éradiquer des marchés camerounais les huiles végétales de marque et qualité confondues qui ne respectent pas la norme.

 Dans le but de lutter contre la malnutrition essentiellement chez des enfants et des femmes en âge de procréer, occasionnée particulièrement par des carences en vitamine A et en sels minéraux, les ministères de la santé, du commerce et celui de l’industrie, ont opté pour l’enrichissement de certaines denrées alimentaires de grande consommation, dont les farines, mais surtout les huiles végétales. C’est ce qu’on  appele la fortification alimentaire. Et c’est dans ce sens qu’un arrêté signé conjointement le 24 août 2011, par le ministre de la Santé Publique, le ministre de l’Industrie des Mines et du Développement Technologique, et le ministre du Commerce stipule qu’il ne doit être vendu au Cameroun que «des huiles végétales portant un nom spécifique enrichies en vitamine A et de la farine de froment enrichie en fer, en zinc en acide folique et en vitamine B12».

Après la publication de cet texte officiel, une large campagne explicative avait été menée à travers les grandes métropoles camerounaises pour expliquer aux opérateurs économiques (importateurs et producteurs locaux), aux commerçants détaillants et partant aux populations l’intérêt de cette mesure. Il leur était demandé de ne mettre dorénavant à la disposition des populations que des produits qui respectent les nouvelles normes en vigueur.

C’est ainsi que le 30 septembre 2012 à Douala, le ministre de la Santé André Mama Fouda déplorant que l’alimentation des milliers d’hommes, femmes et enfants ne contienne pas toujours des vitamines et autres micronutriments vitaux en quantité suffisante a martelé qu’«il faut prévenir et combattre la malnutrition en veillant au respect de production et de commercialisation des aliments enrichis et cela est une affaire de tous ».

Présentant un aperçu des statistiques nationales sur la malnutrition au Cameroun, le ministre de la santé a révélé que les carences en vitamines et en sels minéraux sont en nette progression . Au point que l’on est passé de  1991 à 2006, de 550.000 cas de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans à 875.000 cas.

Au Cameroun, 22% de femmes et 35% d’enfants de 1 à 5 ans manquent de vitamine A ; 32% de femmes et 68% d’enfants n’ont pas assez de fer.  Il en est de même du zinc pour lequel 69% d’enfants et 77% d’enfants ont des carences avérées en zinc, alors que 17% de femmes et 9% d’enfants n’ont pas assez d’acide folique.

Cependant, deux ans plus tard, la grande majorité des commerçants ne se sont pas toujours conformés à la nouvelle réglementation sur la vente des huiles végétales. Les pouvoirs publics ont donc décidé de passer à la phase de répression. D’où les décentes musclées des agents du ministère de commerce en charge de l’inspection des prix et des normes qui ont débuté le lundi 27 mai 2013 dans les marché de certaines grandes métropoles, à l’instar du Marché central de Yaoundé. A l’occasion, il a été procédé à la saisie d’importants stocks d’huiles végétales ne présentant pas de logo d’enrichissements.

Sur le marché

Sur le marché des huiles végétales, on distingue différents types de conditionnements courants. Le conditionnement d’origine, c’est-à-dire la bouteille d’un litre avec ses étiquettes attractives précisant la marque aux couleurs de la société productrice, et la bouteille d’eau minérale d’un litre et demi, embouteillées par les vendeuses. Le comble ici est qu’on ne sait généralement pas de quelle marque il s’agit. Et les commerçants véreux profitent de ce type de conditionnement justement pour écouler une bonne quantité  de leurs stocks douteux, provenant des réseaux de contrebande. Il faut relever que la différence entre ces deux types de conditionnements, si elle est perceptible déjà sur la couleur des huiles, est encore plus évidente au niveau des prix, et est de l’ordre de 100 à 200 FCFA. Mais cette différence, aussi modique soit-elle, suffit à susciter un grand engouement des ménagères pour le prix bas. Il faut cependant préciser que même dans cette catégorie moins chère, les prix peuvent varier. Et si vous inspirez confiance à la vendeuse, elle va vous indiquer laquelle des huiles est pure, laquelle, laquelle est mélangée. Mais mélangée avec quoi ? Et par qui ?

Le fait est que le marché des huiles alimentaires au Cameroun est infesté depuis de nombreuses années des produits frelatés, périmés, impropres à la consommation. Mais la ménagère distraite, sinon aguichée par les belles couleurs des étiquettes, la publicité ou le prix, achètent n’importe quoi. Et les commerçants, conscients du manque de vigilance des consommateurs, profitent du fait pour écouler leurs stocks, des stocks généralement acquis à travers les réseaux de contrebande et de contrefaçon où aucune norme n’est respectée.

Les agents de contrôle de qualité, parviendront-ils à éradiquer les huiles non enrichies et partant de contrebande sur les marchés ? Difficile à dire lorsqu’on connait l’irréductibilité de certains opérateurs véreux qui sont en mesure de trouver très vite la parade pour continuer à déverser dans les marchés et les quartiers de ville du Cameroun, de l’huile de petite qualité.

Cedric pokam

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