Banner Before Header

Exploitation forestière au Cameroun : les autochtones marginalisés

0 134

foret2Les formalités administratives, longues et coûteuses, empêchent parfois la bonne exploitation des forêts communautaires. Les ayants droits de la forêt Fc Bopo chiffrent en millions de Fcfa le manque à gagner qu’ils subissent chaque année.

Juin 2013 approche et les habitants de Pouth-Ndjock n’ont toujours pas commencé l’exploitation de leur forêt communautaire de  3 750 hectares pour le compte de l’année 2013. Le ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) ne leur a pas encore délivré le certificat annuel d’exploitation (Cae). «La délégation départementale du Minfof de la Sanaga maritime vient juste de transmettre notre dossier  à la Délégation régionale de Douala, explique Emmanuel Moyobock, gestionnaire de la forêt communautaire. Ce n’est que  fin mai ou début juin que nous pouvons espérer avoir le Cae parce que le dossier sera à nouveau envoyé au Minfof à Yaoundé.».

A cause de ce retard, il craint que, cette année encore, le village ne puisse pas exploiter pleinement le volume et les essences de bois  qui seront autorisés par le  Cae.

En attendant, les ayants droits enregistrent des pertes. Dans le village, des billes de bois débités qui jonchent les deux cotés de la route principale pourrissent déjà. Il s’agit d’essences précieuses comme l’azobe, le padouck, le thali, l’iroko, le bubinga, coupées dans la forêt en 2012. Exposées aux intempéries, elles se dégradent  sous le regard impuissant des villageois. «Ce bois ne peut être évacué qu’après l’obtention du certificat d’exploitation de l’année en cours », indique Alex Nyemb Mbenda, le chargé des opérations forestières.

9 millions Fcfa de pertes

«L’année dernière, on nous a attribué très tardivement le Cae, déplore-t-il. Nous n’avons fait que 7 millions de recettes. Quand on fait la différence,  c’est 9 millions que nous avons perdus.  Quand on exploite en début d’année chez nous, on gagne entre 15 et 16 millions de Fcfa. En 2011, c’était pareil, on avait eu le certificat au mois d’avril, nous avions fait des recettes de 11 millions de Fcfa, c’est-à-dire une perte de 5 millions de Fcfa.»

Alex Nyemb Mbenda craint que, cette année, la situation devienne encore plus catastrophique. A partir de juillet, quand les pluies commenceront, les travaux forestiers deviendront impossibles.  «Si on pouvait revoir  la procédure, ça nous arrangerait. C’est-à-dire que la délégation nous permette de scier du bois et d’attendre l’obtention du certificat d’exploitation pour l’évacuer», suggère-t-il.

A cause de ces retards, les ayants droits de la forêt communautaire sont incapables de satisfaire leurs partenaires ce qui suscite le mécontentement des deux parties. «On ne peut plus réaliser ce qu’on avait prévu en faveur de la population dans notre cahier de charges, regrette Alex Nyemb. Les exploitants qui achètent notre bois ne peuvent plus avoir leur cubage annuel dans de bonnes conditions parce que le temps qui nous est imparti devient court».

 Mesures administratives lourdes et chères

Il faut dépenser une fortune  rien que pour rassembler les pièces du dossier pour obtenir un certificat d’exploitation.  «Les inventaires seuls, c’est un million de fcfa. Quand on ajoute les déplacements, les timbres,  nous sommes à près de deux millions de Fcfa  pour le Cae d’une année », affirme le gestionnaire du Groupe d’initiative Commune.

Ce problème est aggravé par la procédure à suivre pour fournir les pièces exigées dans le dossier d’octroi du Cae. «La première des choses que nous faisons c’est les inventaires dans la parcelle qui doit être exploitée cette année. Après ces inventaires, on rédige le rapport d’inventaire, qu’on soumet à la délégation départementale pour  approbation. C’est donc après que le délégué départemental a approuvé qu’on envoie au délégué régional pour confirmer ce que le délégué départemental avait approuvé. C’est donc après ça que nous acheminons le dossier à Yaoundé»

Les ONG  condamnent, le ministère se défend

Président de l’association des forêts communautaires du Cameroun, Daniel Mouil dénonce «des lourdeurs administratives » qui durent depuis de nombreuses années. « Il est temps, dit-il, que l’on trouve une solution qui permettra au ministère  d’attribuer les certificats  le premier janvier pour leur permettre d’exploiter jusqu’au 31 décembre».  Il pense que les revenus tirés de l’exploitation ne permettent pas aux gestionnaires des forêts communautaires de respecter les cahiers de charge. Une partie des fonds étant consacrée aux coûts administratifs.

« Il faut revenir au système de gestion proposé par les forêts communautaires au départ, suggère-t-il : définir un plan d’exploitation en début d’année sur cinq ans. Début  janvier, les certificats d’exploitation étaient automatiquement signés »

Du côté du Ministère des forêts et de la faune (Minfof), un responsable pointe du doigt le manque d’organisation des gestionnaires. «Tout rentrera dans l’ordre lorsque les forêts communautaires auront un peu d’organisation dans leurs fonctionnements», tranche Daniel Ndoumou,  à la délégation du Littoral.

 Hugo Tatchuam (JADE)

foret3L’inventaire du bois d’une forêt

La fourniture d’un document inventoriant toutes les ressources d’une forêt à exploiter constitue une pièce importante à fournir en vue d’obtenir un certificat annuel d’exploitation du Ministère des forêts. Elle est le « point de départ incontournable de la mise en œuvre annuelle du volet «production» de l’aménagement forestier, fait remarquer le Centre Technique de la Forêt Communale du Cameroun dans l’ouvrage intitulé « Recueil des fiches techniques pour la foresterie communale». Elle permet ainsi de connaître les différentes essences de la forêt et permet de planifier et de suivre les activités d’exploitation forestière. Ainsi, l’exploitant forestier procéde au comptage de tous les arbres à commercialiser sur la parcelle annuelle à exploiter. Ce document est très précis en termes d’identification, de mesure et de la position des arbres dans la forêt. L’inventaire forestier permet de prévoir la quantité, la qualité et la nature de la production du bois commercialisable. Il  rend possible le suivi efficace de l’exploitation par le marquage numéroté des arbres en vue d’une bonne traçabilité. L’inventaire permet aussi d’identifier les arbres et les sites écologiques à préserver. Il fournit les bases des prévisions des recettes, cartographie la ressource, les zones sensibles, les éléments de paysage afin d’optimiser les opérations d’exploitation (pistes, débardages). Boussole, GPS, porte-documents, planchettes à pince, fiches de layonnage, machettes et limes sont nécessaires pour réaliser un inventaire forestier.

Anne Matho (JADE)

 Les articles sont produits avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’union Européenne.

 .

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.