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CAMEROUN: L’INSOLVABILITE CHRONIQUE DE LA SONARA

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une vue des installations de la Sonara

La situation financière de la Société nationale de raffinage (Sonara) continue de préoccuper le Fonds monétaire international (FMI). Dans son Rapport pays sur le Cameroun, édition n°18/256 publiée en octobre 2018, l’institution financière internationale indique que les arriérés de paiement de la Sonara représentent 53% de l’ensemble des arriérés des entreprises publiques.

Environ deux tiers de ces arriérés sont des arriérés d’impôt “qui amputent les recettes de l’Etat” et le reste concerne des dettes envers les fournisseurs, entre autres, relève le document établi à partir des informations disponibles au 14 mai 2018.

“Ces arriérés de paiement pourraient s’expliquer par la constitution de créances essentiellement dues à la Sonara et aux entreprises de services publics (Camtel, Camwater et CDE) – qui pourrait provenir du non-versement des subventions par l’État et à des dettes croisées entre entreprises publiques”, explique le FMI.

Contre-performance et question de problème de gestion aussi. Le rapport souligne que la valeur ajoutée cumulée des entreprises publiques prises globalement, en pourcentage du PIB, a “diminué de plus de la moitié entre 2011 et 2016 en raison d’une contraction de 35 % de leur chiffre d’affaires et d’une augmentation de 29 % de la masse salariale”.

La situation de la Sonara, qui a un capital négatif, présente “le risque de nuire à la fois à l’Etat et au secteur privé”.

“Principale responsable des risques émanant des entreprises publiques”

Pour les services du FMI, l’unique raffinerie du Cameroun constitue “la principale source de risque pour le système bancaire” national.

“La Sonara totalise 65% des dépôts des entreprises publiques et 62% des crédits ; 87,9% de sa dette est d’échéance inférieure à un an”, note le rapport.

Et d’établir un scénario: un dépôt de bilan de la Sonara en 2017 coûterait, selon les estimations du FMI, 1,4% du total des actifs des banques. Avec la prise en compte des dépôts de la Sonara utilisés pour rembourser une partie des prêts impayés, la perte serait ramenée à 0,6%.

La société détient par ailleurs 57% des “passifs contingents à court terme environ 6,5 % du PIB”.

“La Sonara reste ainsi la principale responsable du risque direct pesant sur le système bancaire émanant des entreprises publiques, en termes de grande exposition et de risques de liquidité et de crédit. Parmi les 6 banques qui ont une exposition nette positive à la Sonara, l’une a des fonds propres négatifs, trois ne rempliront pas l’exigence minimum de fonds propres en cas de défaut de la Sonara et deux banques perdront respectivement 85 et 50% de leurs fonds propres excédentaires respectifs”, souligne le FMI.

La raffinerie a tout de même réussi à réduire sa dette fournisseurs ces dernières années. Sa dette est ainsi passée de 538 milliards de F CFA en 2016 à 383 milliards en 2017.

“La diminution de la dette fournisseurs entre 2014 et 2016 s’explique par la baisse des prix du pétrole, qui a permis à la Sonara de rembourser une partie des dettes envers ses fournisseurs, et de l’emploi de 100 milliards de FCFA des 750 millions de dollars d’eurobonds émis en 2015 pour rembourser des obligations d’États détenues par la Sonara en 2016”, explique le Fonds.

Mais pour le FMI, la raffinerie dans son modèle actuel est tout simplement “insolvable”.

Prix internationaux, prix domestiques

La Sonara – détenue à 80% par l’Etat – fait régulièrement les frais des subventions aux carburants à la pompe, vendus à un prix administré par le gouvernement, des fois inférieur au coût d’achat, notamment en raison des risques de tension sociale comme cela fut le cas en 2008.

En compensation, il est généralement prévu une subvention à la Sonara, qui raffine les deux-tiers des produits pétroliers consommés sur le territoire national. La Sonara importe essentiellement du brut léger des pays voisins pour raffinage. Quand le cours du baril de pétrole baisse sur le marché international et que les subventions ne sont pas nécessaires, la raffinerie prend un bol d’air. Quand ces cours augmentent, l’Etat reprend avec les subventions.

Le FMI pour sa part plaide pour un arrêt des subventions. Le Fonds préconise une répercussion intégrale mais progressive des prix internationaux à travers des mécanismes de lissage des prix.

“Pour la Sonara, il conviendrait de définir un mécanisme transparent et flexible de fixation des prix du pétrole garantissant une juste rémunération à tous les participants (négociants, entités publiques et distributeurs) et une taxe sur les carburants stable, de façon à permettre une certaine transmission des fluctuations des prix internationaux aux prix domestiques”, préconise le FMI.

Les pouvoirs publics camerounais ne sont pas encore apparemment prêts à mettre en oeuvre cette démarche, probablement pour éviter des tensions sociales.

Eugène Shema (energies-media.com)

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