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Cameroun : des trafiquants de charbon dictent leur loi dans le Grand Nord.

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charbon de boisL’ambiance dans le parce de kalamaboué, dans le Logone et Chari, est lourde depuis le 05 décembre 2013. Ce jour, à bord de motos, une quarantaine de trafiquants de charbon armés de machettes, de couteaux et de flèches ont fait irruption au domicile du conservateur du parc, Bladi  Semengue au quartier harazaya à Kousseri. Sur place ils incendient son véhicule de service, blessent et saccagent au passage une moto appartenant à un voisin.

Le conservateur n’a eu la vie sauve que parce qu’il se trouvait hors de chez lui lors de cette expédition punitive. Au cours de la même journée, les trafiquants vont rechercher les domiciles des écogardes dans la ville de Kousseri pour assouvir leur soif de vengeance.

De fait la descente des trafiquants de charbon visait un objectif précis : venger un des leurs, le dénommé Djibrine, mort la veille à la suite d’un regrettable accident intervenu lors d’une patrouille de suivi des éléphants.

C’est que, chaque année, pendant une période de six mois allant de décembre à juillet, les éléphants surnommés «  les nordistes » quittent le parc de Waza pour séjourner dans le parc national de Kalamaloué qui dispose d’eau toute l’année grâce à une dizaine de mares. Durant cette migration, ils causent de gros dégâts pour leur corridor, en s’attaquant notamment aux cultures. « Depuis les événements de Bouba Ndjidda, nous suivons particulièrement leurs mouvements quand ils arrivent ici. Une équipe d’environ quatre écogardes est affectée à chaque troupeau d’éléphants qui font régulièrement des incursions à Logone-Birni, Goulfey-marra et Kalakafra pour s’alimenter dans des rôneraies. Avec l’appui de la délégation départementale des Forêts et de la Faune du Logone et Chari, nous organisons souvent des refoulements quand les populations se plaignent des dégâts que ces pachydermes font subir à leurs cultures ou à leurs jardins » explique Bladi, conservateur du parc de Kalamanoué.

C’est donc dans le cadre du suivi des troupeaux d’éléphants que ce triste incident est survenu. Le 03 décembre 2013, le maire de Goulfey informe le conservateur des plaintes des populations survenues à la suite de dégâts occasionnés par un troupeau d’éléphants sur leurs cultures. Une patrouille dirigée par Kobono Ynga est mise en mouvement avec pour mission de refouler les pachydermes qui se trouvent du côté est du Parc, objet des préoccupations relayées par le maire de Goulfey. La même équipe a également en charge le repérage et le refoulement d’un autre groupe constitué d’une trentaine d’éléphants et qui se trouve dans la zone de houlouf-kalakafra, à environ 5 km du parc.

Le 04 décembre 2013, aux alentours de 19 heures, la patrouille motorisée qui décide de rebrousser chemin tombe sur trois sacs de charbon abandonnés précipitamment sur la route par les trafiquants de charbon qui ont visiblement pris la poudre d’escampette à l’aide des motos. Malheureusement, dans cette fuite précipitée, l’un des trafiquants va percuter un arbre et mourir sur le champ. «  les trafiquants n’étaient pas poursuivis par les écogardes. Ils ignoraient même dans quel direction ils s’étaient enfuis », confirme le conservateur du Parc. Les trafiquants, eux, en ont conclu le contraire. D’où ces actions de violences perpétrées le lendemain et qui est aujourd’hui l’objet d’une enquête ouverte à la compagnie de gendarmerie de Kousseri.

La réaction des trafiquants de charbon, au vu et au su de tous, et révélatrice de la perte de l’autorité de l’Etat dans cette partie du pays où les violences à l’encontre des fonctionnaires sont devenues monnaies courantes. Un mois plus tôt, en novembre 2013, le chef section des forêts de la délégation départementale du Logone et Chari, Mahob Réné et un agent avaient été copieusement tabassés par des braconniers et leur moto arrachée. Rien n’avait été fait pour faire prévaloir la loi. C’et sans doute cette impunité qui leur a fait pousser des ailes u point qu’ils n’hésitent plus à opérer des descentes musclées pour intimider les représentants de l’Etat.

Au moment où les questions transfrontalières sont désormais un enjeu de sécurité nationale, de nombreux observateurs s’interrogent aussi sur le sens réel des actions des trafiquants de charbon. Car l’objectif de leur action tend à paralyser essentiellement la mobilité des agents du service des Forêts. A ce jour, le Parc de Kalamanoué ne compte plus qu’une moto. Le champ étant désormais libre, ils ont tout le loisir de mener leurs activités qui ne se limitent pas seulement à la coupe du bois de chauffe et donc de la destruction de l’environnement. Certains pensent qu’ils se livrent à d’autres activités dont le trafic d’armes. La découverte, le 10 novembre 2013, par les écogardes du parc, de trois obus et huit grenades parfaitement dissimilés n’est pas étrangère à cette perception.

Raoul Guivanda

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