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Barrage de Lom Pangar : les chinois méprisent la main d’œuvre locale

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lompangar-2En raison de la grève de 1500 ouvriers de la société chinoise CWE entamée le 06 novembre 2014 sur le chantier du barrage de Lom Pangar, le calendrier de mise en œuvre de celui-ci devra inéluctablement connaître des rallonges. Une grève à durée indéterminée, aussi longtemps que le respect des engagements pris par leur employeur lors de précédentes grèves ne sont pas satisfaits. Il s’agit, par exemple, de leur immatriculation à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), et du paiement de certaines primes, dont celle du rendement. Des griefs récurrents qui avaient déjà engendré un arrêt de travail sur le chantier de Lom Pangar du 25 juin au 3 juillet 2012, à l’instar de celui relatif à l’immatriculation desdits ouvriers à la CNPS.

A Electricity Development Corporation (Edc), le bras séculier de l’Etat camerounais dans les infrastructures énergétiques, l’on dénonce «les tergiversations» et le «double jeu» du constructeur chinois, qui se hâte lentement de respecter les engagements en rapport avec l’amélioration des conditions de travail des ouvriers, alors qu’il reçoit régulièrement les acomptes et les avenants contractuels.

Or, le chantier vit depuis quelque temps des tensions sociales itératives qui y provoquent des arrêts intempestifs des travaux, influençant ainsi le chronogramme des activités de construction de cet ouvrage, dont la mise en eau partielle est prévue entre juin et septembre 2015. Pour rappel, le barrage réservoir de Lom Pangar aura une capacité de retenue d’eau de plus de 6 milliards de m3.

Rentabiliser un colossal investissement

L’ouvrage au pied duquel sera installé une usine de 30 MW, est cofinancé par la Banque mondiale (66 milliards de francs Cfa), la Banque européenne d’investissement (19,7 milliards de francs Cfa), la Banque africaine de développement (33 milliards de franc Cfa), la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (20 milliards de francs Cfa) et l’Agence française de développement (39,3 milliards de francs Cfa). Un important investissement sur lequel repose en somme l’espoir de combler grandement le déficit structurel de l’offre énergétique et booster ainsi le développement industriel du pays. Mais avec de tels atermoiements, il est clair que cet objectif pourrait être compromis et surtout, engendrer des surcoûts tenant des avenants financiers générés par la prorogation des délais de mise en œuvre.

Mais cela, les ouvriers n’en ont que cure, surtout qu’ils sont au courant de ce que leur employeur perçoit régulièrement des fonds de l’Etat pour accélérer ladite mise en œuvre. Aussi peut-on comprendre que le gouvernement, se soit depuis peu impliqué pour la restauration rapide du climat social autour dudit chantier car, il y va non seulement de sa crédibilité auprès de ses partenaires, mais aussi et surtout de rentabiliser au mieux les fonds qu’il a réussi à mobiliser pour cet important investissement.

Stopper l’importation illégale de main d’œuvre étrangère

Dans cette optique, on comprend aisément pourquoi le dernier conseil de cabinet du gouvernement camerounais, tenu le 30 octobre 2014 à Yaoundé, et articulé sur ce que «la mise en route des grands projets d’infrastructures et du lancement de la troisième licence de téléphonie mobile, le marché de l’emploi a connu un afflux de travailleurs étrangers, utilisés souvent en violation des lois et règlements».

Allusion est ainsi clairement faite à l’importation massive de la main d’œuvre par les entreprises chinoises qui réalisent actuellement la majorité des grands projets d’infrastructures au Cameroun, ainsi qu’à Viettel Cameroun, qui exploite la 3e licence de mobile depuis septembre 2014. Cet opérateur de mobile vietnamien, qui opère sous la marque Nexttel, est accusé par ses dirigeants camerounais, d’importer la main d’œuvre du Vietnam, en dépit des promesses faites au gouvernement de créer 6 300 emplois pour les nationaux.

Et face à cette situation, le ministre de l’Emploi, Zacharie Pérevet, a laissé entendre que «le gouvernement a entrepris de sensibiliser les employeurs sur cet état de fait préjudiciable à la promotion de la main d’œuvre nationale». Pour rappel, au 31 décembre 2013, a révélé le Ministre Pérevet, seulement 1 410 travailleurs étrangers bénéficiaient d’un contrat en bonne et due forme, revêtu du visa du ministre camerounais de l’Emploi comme l’exige la réglementation. Un chiffre largement inférieur au nombre d’ouvriers chinois qui écument les grands chantiers du pays.

Alain Njoh

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