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Youpwè-Cameroun : un grand village rongé par la pollution

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gd_installationYoupwè, ce bout de terrain de l’estuaire du Wouri, situé à l’interface entre la mer et la terre ; livré à la convoitise foncière, était encore , il y a 50 ans , une forêt de mangroves, abritant une multitude de crustacés, de poissons, d’oiseaux et de mammifères. Beaucoup d’eau a coulée sous le pont. Youpwè est aujourd’hui un vaste chantier humain aux activités diverses : pêche, carrière de sable, contrebande et transport fluvial, pour ne citer que des activités visibles et avouables.

La langue véhiculaire à Youpwè est le « pigdin » car la plupart des pêcheurs sont d’origine nigériane. Il n’en a pas toujours été ainsi. Auparavant,  Youpwè était un campement de pêche occupé par les Malimba et leurs cousins Duala et Bakoko. Mais le mirage a attiré beaucoup de gens qui se sont établis dans la localité aujourd’hui pourvu en service administratif et de sécurité.

Youpwè est un grand centre d’approvisionnement en poissons frais. C’est aussi un centre de transit du poisson fumé vers les autres marchés du Cameroun .Malgré le caractère artisanale de la pêche pratiquée, la réputation du marché  aux poissons de Youpwè a dépassé les frontières nationales.

Parfois, on y trouve aussi le poisson de mauvaise qualité, pêché avec les produits toxiques. Heureusement que le chef de poste de contrôles de pêche qui s’occupe de l’inspection sanitaire et vétérinaire des produits halieutiques a mis un système de veille permanente. Toutes les cargaisons de poissons détectées comme étant le fruit de la pêche aux pesticides sont systématiquement détruits.

A  Youpwè, on retrouve plusieurs activités qui découlent de la pêche ou l’accompagne. Il y  ales fournisseurs de poissons, les revendeurs, les nettoyeurs de poissons. Youpwè est aussi le lieu où les pirogues viennent embarquer ou débarquer les voyageurs en partance ou en provenance de Manoka, Cap Cameroun, Sio-Sio, Ndongo, Ntoubè, Kooh, Mabanda, Poka1, Boma zyong qui sont quelques îles Malimba dépendantes de l’arrondissement de Manoka.

Mais Youpwè c’est aussi la spéculation foncière. Des constructions anarchiques d’un village qui n’a pas bénéficié de plan d’urbanisme aux villas huppées qui poussent comme des champignons, 500m2 de terrains avec un titre foncier peuvent valoir 15 millions de Fcfa. Et si le lot est en bordure de mer, sa valeur est considérée à la hausse.

Du côté de la base navale, une ambiance festive et touristique attire chaque week- end des centaines de « touristes »  dans les restaurants de bord du fleuve Wouri qui garde  encore par endroit sa nature sauvage de palétuviers.

Cependant, Youpwè est victime des problèmes environnementaux : le grand village repousse un peu plus ses limites, appauvrissant ce milieu de vie et de survie. L’emprise sociale y est forte. Les pirogues des abliers, véritables péniches qui sillonnent le fleuve, ont quelque chose de monstrueux. Les tas de sable encadrent la jetée, les hommes suent en peinant à brasser continuellement les sables, les triant, remontant les tas, chargeant les camions qui font la navette avec  les chantiers de la ville.

La vase des mangroves dévoile depuis un paysage qui parait devenir visqueux, hérissé de repousses de palmiers où pointent ça et là quelques bidons qui viennent rappeler que nous avons affaire à un espace dégradé en cours de colonisation par les hommes. Les pêcheurs ne s’y trompent plus : « il n’y a plus de poissons, il faut aller de plus en plus loin. » la dépendance du milieu est forte. Plus particulièrement  à la « carrière Bamenda » où les ramasseurs de sable sapent la mangrove favorisant la colonisation foncière du milieu.

Les pêcheurs de poissons et de sable et autres acteurs économiques ruinent progressivement, tant leur outil de travail que leur lieu de vie. Jamais site n’a été aussi surexploité. Des actions locales en cours sont menées par les ONG comme Watershed Task  Group ou l’association «  Mieux –Etre ». Elles oeuvrent à la sensibilisation des individus et des instances politiques pour une prise de conscience et protéger ces milieux de vie.

François Herouart , architecte urbaniste qui a passé 26 ans à Douala disait, en parlant de Youpwè « le site est don divin, s’il était aménagé dans les normes, Douala serait l’une des plus belles villes fluviales dans le monde. Mais, sous la pression de nombreuses activités économiques et de gestes quotidiens trop souvent irréfléchis, l’avenir des mangroves et Youpwè semble fortement menacé. Comment pourrait-on rétablir l’harmonie entre l’homme et les palétuviers pour le bien être de tous ?

 Edouard Kingue

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