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M.Bitjong Mbey : « les infections nosocomiales au Cameroun, c’est l’affaire des blancs »

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bitjongAprès la malaria, le vih/ sida…Une nouvelle menace sanitaire envahit les établissements de santé au Cameroun. Les infections nosocomiales, ainsi que l’appellent les professionnels de santé, font des milliers de victimes. Cadre de santé spécialisé en hygiène hospitalière, M. Bitjong Mbey Télesphore pose le diagnostic du fléau et prescrit une ordonnance à plusieurs protocoles

Ajafe.info : Qu’est-ce qu’une infection nosocomiale ?

 M. Bitjong Mbey : Une infection nosocomiale est une infection acquise par un patient dans un établissement de soins, 48 ou 72 heures après son admission. Trente jours après, sur un site opératoire, un an après une intervention sur prothèse (unité d’orthopédie et traumatologie). Par « opposition » à une iatrogène qui est un trouble ou une maladie provoquée par un acte médical ou par les médicaments, même en l’absence d’erreur de médecin. Car certaines infections nosocomiales ne sont pas iatrogènes, parce que non liées aux soins et indépendantes de la prise en charge médicale ; en particulier les infections dues à des germes endogènes, de l’environnement tels les légionelloses, les aspergilloses ou les infections respiratoires.

Les infections nosocomiales sont le fait de lourdeurs thérapeutiques qui peuvent amener le malade à développer les bactéries avec pour source le malade lui-même.

Vous parlez des lourdeurs thérapeutiques…

Les données épidémiologiques relèvent d’un aspect typique du développement des micro-organismes : affection, colonisation, contamination. L’infection consiste en la multiplication des micro-organismes sur un support. Il s’agit d’un phénomène microbiologique. La colonisation est la multiplication locale des bactéries ayant adhéré à la plaie, à un cathéter ou une sonde. La contamination, c’est le transfert des germes d’un point à un autre. Pour éviter le transfert de germes dans les différents services d’un établissement sanitaire, les hygiénistes ont découpé l’hôpital en quatre zones. a) les zones à risques faibles (services administratifs), b) les zones à risques modérés (services d’hospitalisation) c) les zones à risques élevés (les services de spécialisation, chirurgie, bloc opératoire, salle d’accouchement, REA, le laboratoire et imagerie médicale). Au regard de ceci, il est clair qu’au Cameroun, la structure des établissements de soins mérite d’être revue. Il faut penser au flux de visiteurs, gardes-malades, personnels soignants et les patients. Dans notre pays, les médecins ont en effet une logique médicale qui est la course au diagnostic et aux prescriptions, les infirmiers sont cantonnés dans leur logique des soins et le personnel d’entretien reste confiné dans la routine mécanique sans application aucune des règles de l’hygiène hospitalière. D’une manière générale, il existe un réel problème dans l’application des soins de base et les soins de qualité. Il faut définir une nomenclature des soins.

Comment différencier une infection nosocomiale de l’infection principale ?

Il est en effet difficile de déterminer ce qui revient à l’infection principale, aux éventuelles pathologies associées, à l’infection nosocomiale elle-même ou à d’autres événements intervenants. Mais les infections fréquemment mises en cause peuvent être les pneumopathies, les bactériémies, les infections digestives et les infections du site opératoire, les maladies cardiovasculaires et le cancer.

L’organisation de la lutte contre les infections nosocomiales implique la mise en place des structures spécifiques avec des moyens renforcés et un programme national pluridimensionnel et multisectoriel. La stérilisation et la désinfection des matériels c’est-à-dire d’un ensemble cohérent des mesures d’hygiène hospitalière. Maîtriser la diffusion des bactéries résistantes aux antibiotiques dans les établissements de santé

Précisément quelle est la situation des hôpitaux camerounais ?

Certains médecins sont surpris lorsqu’on leur parle d’hygiène hospitalière. D’autres pensent que les infections nosocomiales, c’est le problème des pays développés. Un tour dans les formations hospitalières révèle que  les plaies opératoires suppurent. Une situation qui prolonge le séjour du malade à l’hôpital. Aucune enquête épidémiologique n’est menée dans les établissements de santé. Le personnel est sous informé, mal formé ou pas du tout formé sur l’hygiène hospitalière. Les bonnes pratiques médicales de base sont ignorées ou négligées.

Dans chaque salle d’hospitalisation ou de soins, il doit y avoir des points d’eau. Le personnel médical ou soignant doit se laver les mains avant et après chaque geste médical. Ceci est loin d’être une réalité dans les établissements de soins au Cameroun.

Quelles en sont les conséquences ?

C’est triste de le dire. Mais c’est la triste réalité. Il n’existe aucune politique nationale de lutte contre les infections nosocomiales. Les principes médicaux de base universellement reconnues ne sont pas appliqués dans certains centres de santé au Cameroun. Il en découle que sur dix lits, trois sont occupés par un malade souffrant d’une infection nosocomiale. Sur le nombre de personne qui succombe à une infection nosocomiale, environ 100 seraient victimes des batteries multi résistantes aux antibiotiques. Cette situation pourrait être évitée si les pouvoirs publics camerounais prescrivent régulièrement les enquêtes épidémiologiques

Pouvez- vous être plus précis ?

L’utilisation des antibiotiques abusivement prescrits  favorise le développement des résistances. Il convient donc de réévaluer les compétences des médecins. En commençant par les plus anciens dans la profession avec à la clé un arsenal de sanctions pour les cancres. Car sans formation continue, les ordonnances douteuses continueront de pulluler. Exemple : 90% des rhinopharyngites sont d’origine virale.  La grande majorité des médecins prescrivent systématiquement des antibiotiques… inutile contre les virus.  Sur 50 feuilles de soins passées au crible, 20 présentent des risques liés à des combinaisons inopportunes de médicament.

Quelles catégories de personnes sont plus exposées aux infections nosocomiales et quels en sont les facteurs factorisant ?

La survenue d’une infection nosocomiale est favorisée par la situation médicale du malade, qui dépend de son âge et de sa pathologie, certains traitements, la réalisation d’actes invasifs nécessaires au traitement du patient. Tel le sondage urinaire, la pose du cathéter, la ventilation artificielle ou l’intervention chirurgicale.

Tout le monde peut être victime d’une infection nosocomiale. Mais les personnes les plus exposées sont celles souffrant des pathologies dénoncées plus haut et surtout les quinquagénaires et les sexagénaires.

 Que sont devenus les hygiénistes formés par l’argent du contribuable camerounais ?

Les médecins formés par l’argent du contribuable avec l’appui des pouvoirs publics n’ont pas été utilisés par les pouvoirs publics. Pourquoi ? Je vous l’ai dit. Les infections nosocomiales  au Cameroun, c’est l’affaire des pays des blancs, C’est comme le discours sur la protection  la forêt camerounaise. Ceux qui le tiennent n’y croient guère.

 

Propos recueillis  par

Albert  Anatole Ayissi

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