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La désillusion des populations des zones forestières

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Des habitants de la Commune de Bertoua ne sont pas satisfaits des retombées de l’exploitation forestière. Une situation contestée par le maire sortant qui se félicite de nombreuses réalisations.

Les populations de la Commune de Bertoua, chef-lieu de la région de l’Est, ont la dent dure contre leur maire et des exploitants forestiers. Cette commune très enclavée est pourtant entourée  de forêts riches en essences à fort potentiel économique à l’instar du Moabi, du Tali, du Kossipo, du Sapelli ou encore du Padouk rouge.

Ces bois sont exploités par des sociétés forestières qui ont, au regard de la loi, des obligations envers la commune et les populations riveraines de ces forêts. « La réalisation des œuvres sociales est l’une des obligations que la loi impose à l’exploitant forestier en dehors des impôts qu’il doit payer. Il s’agit de la construction et l’entretien des routes, des ponts, des ouvrages d’art ou des équipements à caractère sportif, la construction, l’entretien ou l’équipement des établissements scolaires, des formations sanitaires, etc », explique Jean Pascal Mbolang, un responsable du Plan de développement villageois (Pdl), une organisation non gouvernementale impliquée dans les activités d’exploitation forestières.

 

Faciliter le passage des grumiers

Le gouvernement camerounais a pourtant adopté  des lois visant à conférer à l’exploitation forestière le rôle de catalyseur de l’essor social.  Les redevances forestières annuelles (Rfa) et celles relatives à la création des forêts communales, inscrites dans la législation pour permettre aux populations, par le biais de leurs communes, de prendre une part active à la gestion des retombées de l’exploitation forestière. « Ces lois accordent 10% de la redevance aux communautés riveraines, 50% à l’Etat et 40% à la commune où  la forêt est située », explique Jean Pascal Mbolang.

Interrogés sur l’impact des revenus tirés de l’abattage du bois, les populations concernées sont partagées entre la colère et le désarroi. « L’exploitation forestière dans nos villages a toujours suscité l’espoir, remarque Farouk Badoukou un chef traditionnel de l’arrondissement de Belabo. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu. Ici les sociétés d’exploitation ne contribuent pas à la réalisation des œuvres sociales. Elles se contentent simplement d’élargir les routes et les racler pour faciliter le passage de leurs grumiers ».

 

Pas de centres de santé

A Goyoum, un village situé au nord de Belabo, Adamou,  conseiller spécial du chef du village, ne dit pas autre chose  «Le village n’a pas de centre de santé. Nous sommes obligés de nous déplacer à  Belabo, à une quarantaine de kilomètres pour recevoir des soins. Les coûts de transport, d’hébergement et de nourriture  découragent les gens. Ce qui les pousse à choisir la médecine traditionnelle».

Dans les villages Lom2, Deng-Deng, Yoko-Betougou et Koundi, qui bénéficient de deux unités forestières d’aménagement (Ufa) de 232.000 ha, les plaintes sont les mêmes. La plupart des habitants pensent que l’exploitation forestière  n’a pas d’impact bénéfique.

Maisonnettes en terre battue avec des toitures de nattes de raphia, pas d’adductions d’eau potable, encore moins d’électricité. « Notre principal moyen d’éclairage  est la lampe tempête. Dans la majorité des cas, les ménages s’approvisionnent en eau dans des sources de fortune souvent pas aménagées. Il nous manque  des infrastructures scolaires et sanitaires », déplore Baba Soulé le chef  de  la communauté musulmane.

 A  Belabo, le maire Essouka Gomone estime, lui, qu’« il y a un impact réel des redevances forestières ». Il se félicite de certaines réalisations telles  la  « réfection des salles de classes dans les villages Deng-Deng et Goyoum, l’entretien des routes, la construction des forages et quelques appuis notamment  la distribution des intrants aux agriculteurs pour booster la production».

 

Financer des microprojets

Le responsable de la commune rejette toute idée de détournement des fonds publics. « Les revenus  de l’exploitation forestière,  sont des deniers publics versés sous forme de taxes et dont la gestion est soumise à un contrôle des services de l’Etat », explique-t-il.

En plus, assure  le maire, la gestion des revenus forestiers  se fait en collaboration avec les villageois. « La mise sur pied dans chaque communauté villageoise d’un comité riverain, qui assure la gestion de ces fonds est une réalité dans l’arrondissement de Belabo », assure-t-il. Ce comité  de gestion  regroupe  des représentants de chaque village de Belabo qui gère l’unité forestière d’aménagement (Ufa) 10.065 d’une superficie de près de 90.000 ha. Des réunions d’informations publiques sont régulièrement organisées pour plus de transparence sur la gestion des revenus de l’exploitation forestière, selon le maire. « La première  se tient régulièrement au mois de juin à l’effet d’évaluer la mise en œuvre du plan de développement communal à mi-parcours et la seconde au mois de novembre (avant la session budgétaire du conseil municipal), pour présenter le bilan de l’année en cours d’achèvement et les projets à exécuter pour l’année suivante ».

François Mezom, l’un des membres confirme. «Nous percevons des redevances qui sont calculées sur la base du volume de bois exploité. Malheureusement, les 10% destinées aux communautés villageoises riveraines sont encore loin de contribuer de manière significative à l’amélioration des conditions de vie des populations». « Ces fonds, souligne-t-il, ont permis de financer des microprojets générateurs de revenus (élevage, agriculture, pêche». De 2000 à 2011, la commune de Belabo avait perçu un peu plus d’un milliard de Francs Cfa de redevance forestière, selon un rapport du Centre technique de la Forêt communale (Ctfc), intitulé «Montant de la RFA versé aux Communes et populations 2000-2011 ».

Ange-Gabriel Olinga B (JADE)   

 

Encadré

Les textes prévoient  une gestion transparente des revenus forestiers

« La planification et le suivi de la gestion des revenus forestiers destinés aux communes sont assurés par un comité communal de gestion, mis en place au sein de chaque commune », explique un arrêté  du 26 juin 2012 signé par le premier ministre. Cette cellule est composée du maire, d’un représentant élu par les communautés villageoises riveraines, des opérateurs économiques des titres d’exploitations concernés ou leurs représentants, des représentants locaux des administrations en charge des forêts notamment.

Cet arrêté prévoit qu’un plan de Développement communal et la planification opérationnelle annuelle des communes bénéficiant des revenus forestiers soient présentés lors de réunions d’information publiques semestrielles. Ces réunions sont convoquées par le préfet ou son représentant, la première au mois de juin, pour  évaluer la mise en œuvre du plan de Développement communal à mi-parcours ;  la seconde au mois de novembre pour présenter le bilan de l’année  et les projets  pour l’année suivante.

Le maire s’assure que les prestations sont exécutées, dans la mesure du possible, après un appel à la concurrence, conformément aux textes régissant les marchés publics, ou avec l’appui des services publics. Le maire est également tenu de produire annuellement un compte administratif séparé, retraçant les opérations effectuées avec les revenus provenant de l’exploitation forestière et un rapport de performance portant sur la gestion desdits revenus.

Anne Matho (JADE)

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