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EXPLOITATION MINIÈRE DANS LES COURS D’EAU AU CAMEROUN : L’INDIGNATION

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C’est une véritable volée de bois vert. Gabriel Dodo Ndoke, le ministre camerounais des mines  ne s’y attendait certainement pas.

Arguments à l’appui, les organisations de la société civile (OSC) qui exercent la veille citoyenne dans le secteur minier dans les Régions de l’Adamaoua (Meiganga) et de l’Est (Garoua-Boulaï, Bétaré-Oya, Ngoura et Batouri) rejettent sa décision du 28 août 2019. Qui porte « interdiction de toutes activités d’exploitation minière artisanale semi-mécanisée sur les lits de cours d’eau du Cameroun par l’usage de moyens mécaniques de quelque nature que ce soit ».

Toutes estiment que « c’est une redite qui n’apporte rien de plus dans le combat contre la fraude environnementale ». Michel Ndoedje de Fusion Nature, une OSC basée à Moloundou dans la Boumba-et-Ngoko, explique « Chaque fois qu’un ministre des Mines descend sur le terrain, à son retour, il décide d’une interdiction ». GabrielDodo Ndoke n’a pas dérogé à « une règle sans effet » en interdisant l’exploitation minière dans les lits des cours d’eau. Bien avant lui, en 2013, Emmanuel Bondé interdisait la délivrance des autorisations d’exploitation artisanale (AEA).

AVENIR DES RIVERAINS COMPROMIS

A Dynamique mondiale des jeunes (DMJ), on pense que « le Minmidt n’a plus à signer une décision allant dans le sens qu’il indique parce que des textes existent. On attend seulement des actions ». Et Eric Etoga de citer ces textes : «L’article 1 de l’arrêté du Minmidt du 01 juillet 2016 dispose que « toute activité d’exploitation minière artisanale mécanisée est interdite sur l’étendue du territoire national, dans le lit des fleuves, de leurs affluents et de leurs plaines inondables ». L’article 2 de l’arrêté du Minmidt du 16 juillet 2016 qui interdit « l’utilisation du mercure, du cyanure et des produits toxiques est toxiques dans l’exercice des activités minières, sur toute l’étendue du territoire national ». Enfin, l’article 31 de la loi environnementale de 1996 qui proscrit « tout déversement, immersion et incinération dans les eaux maritimes sous juridiction camerounaise, de substances de toute nature, néfaste pour l’homme et l’environnement » ». Un arsenal juridique qui pousse DMJ à s’interroger sur « la plus-value de cette décision de 2019. […] Nous voulons voir des sanctions car les fautifs sont connus. Ce texte ne s’intéresse pas aux contrevenants du passé alors que des textes existaient déjà ». Pour finir, M. Etoga estime que « ces actes de pollution portent atteinte à l’intégrité physique (empoisonnement de la terre, de l’eau, et autres ressources consommées par les populations et leurs animaux) des individus qui vivent dans ces localités. C’est bien plus tard qu’on va observer les impacts de ces produits toxiques sur ces personnes dont la prise en charge va nécessiter d’énormes ressources financières ».

les populations riveraines de l ‘EST cameroun

DEMASQUER LES RESPONSABLES

Un autre membre des OSC va plus loin : « Le premier combat est celui contre la corruption des personnels du ministère des Mines ». En effet, dans un état des lieux réalisé lors de la première phase (2015-2018) du Projet Mines -Environnement –

Santé-Société (ProMess), Forêts et Développement rural (Foder) révélait déjà la corruption dans laquelle étaient englués les personnels du Cadre d’appui et de promotion à l’artisanat minier (Capam) en charge de veiller sur les quantités d’or produites. On pouvait y lire que « ces personnels, payés en moyenne à 90 000 FCFA le mois, ne pouvaient pas résister à l’attrait de l’argent et fermaient les yeux sur les [mauvaises] pratiques des sociétés ».

En suggérant « un relèvement des salaires de ces personnels pour les mettre à l’abri de toute tentation », Foder va plus loin : « Il faut démasquer les véritables propriétaires des entreprises minières qui exercent sur le terrain ». Ceux qui commettent les infractions contenues dans le rapport sur la fraude environnementale intitulé « Transparence et fraude environnementale dans le secteur minier au Cameroun : Cas de l’exploitation artisanale semi-mécanisée à l’Est et dans l’Adamaoua ». Dans ce document de 56 pages, réalisé

par la Coalition camerounaise « Publiez ce que vous payez », les faits révélés sont assez graves pour ne se contenter que d’une rebelote : « Selon le rapport du Minepded de 2016, toutes les 44 sociétés, objets de l’enquête, rejetaient leurs eaux de lavage sans traitement dans les cours d’eau ; certaines usant de produits toxiques »

Bernard BANGDA.

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