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CHANGEMENT CLIMATIQUE:L’ILE CAP CAMEROUN EN VOIE DE DISPARITION

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Sa partie continentale est progressivement envahie par les eaux sous les effets du changement climatique.

Les habitants font désormais face, non plus seulement à cette furie des eaux qui ravagent champs et habitations, mais aussi à des maladies hydriques.


En 2005, le Ministère de l’Environnement évaluait la perte des terres liée aux inondations à environ 4959 hectares pour une élévation de 20 cm du niveau de la mer, soit 4,5 % de la surface totale des mangroves. Dans ses travaux publiés en 2011, l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économiques) précisait que le Cameroun était très vulnérable aux conséquences des changements climatiques.

Dix kilomètres dans l’océan atlantique, à partir de ce qui reste de la partie continentale de l’île Cap Cameroun, se dresse une antenne relais de communication. Installée, sur la terre ferme de cette île, il y a douze ans,  elle est aujourd’hui envahie par les eaux. « Elle avait été implantée au milieu du village et tous les piquets environnants que vous voyez là, représentent ce qui reste des maisons. Elles ont toutes été englouties par les eaux», pointe avec regret sa majesté Richard Maboua Moulema, chef du village Cap Cameroun.


Les ravages de la furie des eaux sont encore visibles sur les rivages de Cap Cameroun. On y aperçoit des bouts de piquets et des troncs d’arbre enfouis dans le sable ou encore des

restes de maisons construites sur pilotis. Non loin, des jeunes s’activent à récupérer des morceaux de bois des maisons détruites par « Awawa », appellation attribuée ici aux vagues.  « Ma boutique s’y trouvait précisément avec tout son contenu. Elle a été emportée par les vagues et je n’ai plus rien », se lamente le regard rivé sur la mer, Nelson Johnsi, un jeune Nigérian.


En 2007, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) notait une grande variation locale du niveau de la mer pour le cas du Cameroun (entre 0 et 5 cm). En 2008, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) constatait une augmentation des précipitations, particulièrement dans le nord du pays (- 6 % à + 26 % en septembre, octobre et novembre) ainsi qu’une élévation du niveau de la mer

Comme lui, le souvenir des derniers jours du mois de septembre hante encore la présidente de la communauté Nigériane, Patience Ossesse Idungsi.  «De violentes vagues ont inondé l’île. Toutes les maisons situées sur le rivage se sont écroulées. C’est grâce à la solidarité des voisins que nous avons pu sauver la vie des enfants. Je n’ai nulle part où aller. Je dors sur une natte, sur le site sinistré avec mes enfants», pleure-t-elle.

Des populations impuissantes


La mer dicte sa loi, obligeant les habitants à perdre le sommeil. « C’est le sauve qui peut à chaque montée des eaux » prévient Steve Benson, un camerounais. Selon les habitants, c’est depuis 2003, que des signes de rétrécissement de l’île ont commencé. De violentes vagues s’y abattent régulièrement, entraînant de violentes érosions. La montée des eaux menace ainsi tout l’arrondissement de Douala 6ème.  Cap Cameroun avec.

A en croire l’environnementaliste Eugène Manga, une menace grave pèse sur Cap Cameroun. « De toutes les îles de Douala 6è, on observe une forte érosion marine sur celle de Cap Cameroun qui subit  une importante emprise de l’eau sur les terres. Si rien n’est fait pour aider Cap Cameroun, ses populations risqueront de devenir des naufragés climatiques», prévient-il.

Responsabilités multiples

L’activité phare dans cette île est la pêche. Le poisson pêché est fumé avec le bois de la mangrove, pour être conservé. « Avec la fonte glacière, le niveau d’eau augmente et le lit de réception normal des eaux ne peut plus les contenir. Malheureusement, les populations ont détruit de façon abusive le bois de la mangrove censé briser la puissance des vagues et freiner la progression des eaux vers la terre ferme. En l’absence du bois de la mangrove, aucun obstacle ne retient plus les vagues qui envahissent alors plus facilement la terre », affirme  Eugène Manga.

Les populations se dédouanent.  « Nous sommes conscients que notre activité affecte la situation de cette île.Mais nous sommes obligés de couper le bois de la mangrove pour construire les maisons et pour fumer le poisson», justifie le jeune Steve. En effet, les femmes utilisent ce bois localement appellé « Matanda » comme bois de chauffage pour fumer le poisson et les écrevisses. Tout un symbole pour le poisson fumé encore appelé « bilolo » ou  « mbunga ». «Les écrevisses et le poisson fumés à Cap Cameroun, brillent comme de l’or. Seul un poisson fumé avec le bois de la mangrove peut avoir un tel éclat», Précise la commerçante Patience Ossesse.


Les autorités administratives sont formelles. Le sous-préfet de Douala 6è réitère à chacune de ses descentes, l’interdiction de détruire la mangrove et la nécessité de reboiser. « Même les petites tiges de bois de la mangrove ne doivent plus être coupées. Elles offrent des possibilités d’aménagement, car, à long terme, il faudra  reboiser », conseille le sous-préfet.

Il invite par ailleurs les populations à respecter l’hygiène et la salubrité, dont l’absence contribue à la progression de plusieurs maladies hydriques sur cette île qui ne compte qu’un seul centre de santé pour 10 000 habitants. Bien plus, faute d’eau potable, les populations  consomment l’eau de pluie, de puits ou en sachet achetée à Douala.

Cap Cameroun, se vide ainsi chaque jour de sa population pendant que sa partie continentale disparaît progressivement. Les jeunes surtout  migrent vers les localités voisines, comme l’île de Manoka. Une porte ouverte aux conflits communautaires.

Des solutions existent

La montée des eaux provoque aussi l’érosion du sol sur l’île de Manoka, située à quelques kilomètres de Cap Cameroun. Mais, depuis trois ans, les populations expérimentent le projet «Forêts communautaires de Mangrove ». Une forêt conventionnée en zone humide,  d’une superficie comprise entre 1000 et 5000 hectares, où l’Etat et la communauté locale développent ensemble des activités agricoles ou l’élevage.


Le combat est loin d’être gagné car, selon une étude de l’association « La Mangrove », la mer avance chaque mois de 53 centimètres sur les côtes de l’île de Manoka.

L’initiative est de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, FAO. « Les ressources naturelles des zones humides, en l’occurrence le bois de la mangrove, sont de plus en exploitées. Cela pourrait créer un problème écologique.

 La FAO a donc envisagé d’amener les populations à se tourner vers la conservation de cette mangrove en développant des activités alternatives. L’idée c’est d’en créer plus», Explique Eugène Manga, président de la Forêt communautaire de Mangrove de Manoka.

Selon une étude menée par l’association « La Mangrove », portant sur l’évaluation de l’emprise de l’eau sur la terre ferme, « chaque mois cinquante-trois centimètres de terre sont bouffées par l’eau sur l’île de Manoka».

Charles Nforgang

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