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Cameroun : l’abattoir de Maroua baigne dans l’insalubrité

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Le visiteur qui se rend pour la première fois à l’abattoir abattoirde Maroua est frappé par une odeur nauséabonde. Les excréments de bœufs, ajoutés à d’autres déchets entassés depuis plusieurs années à quelques mètres de là, attendent vainement d’être enlevés. 

«  Nous travaillons comme ça dans la saleté. Les services d’hygiène ne viennent jamais ici pour le contrôle de la propreté  C’est parce qu’ils ont peur notre réaction que ces agents d’hygiène refusent de venir, puisque la commune ne fait rien pour réhabiliter notre abattoir. Résultat, les excréments de bœufs en état de décomposition avancée produisent des bactéries. Beaucoup des gens qui travaillent ici en souffrent ou en ont souffert », marmonne Alhadji Alioum Sawatan, chef boucher de l’abattoir de Maroua.

« Les derniers travaux ici remontent au temps où Adji Abdoulaye était délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Maroua, soit une dizaine d’années » se souvient Oumarou, un boucher. Depuis plus rien.

Malgré l’état d’insalubrité ambiant, les quelques 200 personnes qui s’affairent ici au quotidien ne semblent pas s’ennuyer. Idem pour les commerçants qui vendent la nourriture aux alentours. L’unique robinet d’eau qui fonctionne ne permet toujours pas d’assurer tous les besoins en eau. C ‘est dans cet environnement que chaque jour, les bœufs sont égorgés et « nettoyés » avant de se retrouver sur le marché.

A l’intérieur de l’abattoir, les insuffisances concernent toute la chaîne. Pas de chambres froides, pas de bloc pour le personnel. Le dispositif d’alimentation en eau potable et d’évacuation des eaux usées n’est plus fonctionnel de longue date.

Si les services d’hygiène répondent aux abonnés absents à l’abattoir de Maroua, les infirmiers vétérinaires eux, sont présents au quotidien. Ils ont pour tâche de s’assurer de la qualité de la viande avant qu’elle ne se retrouve sur le marché. L’objectif étant de protéger les consommateurs. « Les infirmiers vétérinaires arrivent tôt chaque matin, avant tout le monde, ils inspectent tous les animaux qui vont être égorgés. Ils vérifient s’il ya des vaches en gestation ; ou s’il ya des bœufs qui n’ont pas atteint l’âge d’abattage », explique Mamoudou, un boucher qui travaille à l’abattoir de Maroua depuis plus de dix ans.

« Au niveau de la commune, on explique la situation actuelle de l’abattoir par le fait qu’il sera déplacé à Djoundé. On parle de ce nouveau site depuis près de dix ans. Mais jusqu’aujourd’hui, nous sommes toujours ici »indique Alhadji Alioum Sawalam. La commune ne dément pas l’information. Depuis dix ans en effet, le transfert de cet abattoir a été acté, ma sa concrétisation se fait toujours attendre. En attendant, elle continue de percevoir une taxe de 2.200Fcfa par tête abattue. Une cagnotte qui rentre directement dans ses caisses puisque l’abattoir ne dispose ni d’un comité de gestion, encore moins d’un budget.

De nombreux bouchers accusent la commune de se livrer au dilatoire pour ne pas remplir ses obligations. Ils suggèrent qu’en attendant que le déguerpissement soit effectif, que la collectivité locale engage des travaux de rénovation de l’abattoir. « La route qui mène au nouveau site situé à 7 km de la ville nécessite des travaux. Or rien n’est fait. Le déménagement ; ce n’est pas pour demain »fulmine un boucher.

Les difficultés de l’abattoir de Maroua, crée dans les années 1970, ne se limitent pas seulement à l’insalubrité. Le nombre des bœufs qu’on y egorge diminue drastiquement chaque année au profit des abattoirs clandestins. Vers les années 2000, 60 à70 bœufs étaient abattus par jour. Aujourd’hui, on en égorge à peine 20 à 25.

Jean Areguema

 

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