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Cameroun : la difficile équation de la production du manioc

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mandioca_naturalContrairement aux attentes gouvernementales, la production nationale des tubercules de manioc affiche un déficit criard de 31 millions de tonnes.Bertin Ndjock avait une petite fabrique d’amidon au lieu dit PK 13, dans une  des nombreuses banlieues de Douala, la métropole économique du Cameroun. Depuis deux ans, il a mis la clé sous le paillasson, à cause de la rareté du « manioc blanc » qu’il utilisait pour sa production. Il explique que « le manioc blanc est devenu rare et trop cher ; le manioc rouge que l’on trouve sur le marché est tout aussi cher avec la difficulté qu’il est impropre à la fabrication de l’amidon ». Ce constat de la cherté du manioc est partagé par Mme Afimba, une ménagère de la métropole économique qui affirme qu’il lui est impossible de nourrir sa famille aujourd’hui, avec cinq cents francs Cfa de manioc. « Il y a quelques années, avec deux cents francs seulement, il y en avait assez pour une famille vraiment nombreuse comme la mienne ».

Le fait est que malgré l’apparente abondance des vivres dans les marchés, particulièrement des tubercules de manioc, l’on est loin du compte. La réalité est que la production nationale est très loin de satisfaire à la consommation nationale. En effet, selon les chiffres issus du ministère de l’Agriculture et du développement rural (Minader), la production actuelle de manioc au Cameroun, se situerait à 19 millions de tonnes par an alors que la demande nationale avoisine les 50 millions de tonnes. Soit de 31 millions de tonnes. Toute chose qui justifierait la grande inquiétude du Minader au sujet du manioc qui est consommé par 75% de la population camerounaise sous plusieurs formes : tubercule, amidon, farine, tapioca, bâton de manioc, beignets… les statistiques du Minader affirment tout aussi que cette plante rapporterait près de 25 milliards de Fcfa par an à ceux qui en produisent à grande échelle.

Et pourtant, depuis septembre 2012, le ministère de l’agriculture et du développement rural via le Programme national de développement des racines et tubercules (Pndrt) et avec les concours de l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad) et l’Institut international pour l’agriculture tropicale (Iita) a introduit dans les plantations de manioc du pays, cinq nouvelles variétés de semences améliorées. Il s’agit de Abui-Kpwem qui signifie le bon manioc en Ewondo, une langue du Cameroun, synthétisée par l’Ita et l’Irad, le Nko’h menzui (qui produit beaucoup), l’Abeng-lengon (belle dame), l’Ayeng Ye-sahti (longues feuilles), et le Mbong wa tobo (variété réservée à l’alimentation).  L’objectif visé était de booster justement la production nationale, ce d’autant plus que les semences produites par ces instituts étaient créditées de pouvoir donner satisfaction six mois seulement après leur mises en terre, sois la moitié du temps que mettent les anciennes semences. Plus, ces semences auraient une capacité de rendement avoisinant les 27 tonnes à l’hectare, contre 12 tonnes pour les semences dites traditionnelles, avec en prime, la particularité d’être résistantes aux maladies.

Au ministère de l’Agriculture et du développement rural, l’on ne perd pas espoir de combler ce gap de 31 millions de tonnes. Mieux, selon  M. Essimi Menye, en charge de ce département ministériel,  il est question de faire autant sinon mieux que la Thaïlande. D’après ce responsable camerounais, Ce pays, il y a 35 ans, avait le même rendement que le Cameroun, mais a réussi à se devenir le premier fournisseur mondial des dérivés du manioc et le premier producteur mondial de l’amidon.

Le moins que l’on puisse dire est que, pour rééditer l’exploit de la Thaïlande, le Minader devrait d’abord réussir le pari de la vulgarisation des semences nouvelles, notamment dans l’arrière pays. En effet, comment les agriculteurs de l’arrière pays pourraient s’en procurer quand on sait que les effets de la corruption continuent de gangréner les différentes strates de la population camerounaise. Il ne serait pas surprenant qu’on apprenne que des boutures sélectionnées aient été détournées à d’autres fins, ou alors commercialisées à des prix prohibitifs.

Nya Crystaline

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