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Cameroun : La chasse aux déchets de savon prospère

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savonLes résidus industriels que déverse le Complexe chimique camerounais (Ccc) fait le bonheur des populations du lieu-dit « Ccc poubelle » à Douala. Des ramasseuses des détritus de ce détergent accourent à chaque apparition de ce précieux sésame au détriment de leur santé et de celle de leurs enfants.

 Il est quatorze heures ce mercredi. Au lieu-dit Ccc Poubelle, dans la zone industrielle de Bassa, non loin du Complexe chimique camerounais (Ccc), se dresse un gigantesque dépotoir d’ordures. Le passant inattentif est loin de s’imaginer qu’au bas de ce gros tas de détritus, se trouve ce que certains riverains appellent « une mine d’or ». Mais ici, on ne cherche pas de l’or ou quelque autre métal précieux.

Depuis presque trois ans, des femmes ramassent et extraient des résidus de savon qui proviennent de la société de savonnerie toute proche. En effet, c’est ici que se déversent les déchets de savons de l’usine Ccc. Sous un rocher, à travers un tuyau, coule sans arrêt un liquide blanchâtre. A la suite du liquide, s’est formé un nuage de mousse de la même couleur. Des grillages de protection de ventilateurs recyclés, servant de nasse, lestés par des cailloux, permettent de recueillir les déchets de savons qui s’échappent du canal.

Aujourd’hui, les déchets de savon n’ont pas encore jailli. La société n’a rien rejeté. L’ambiance morose en ce début d’après-midi ensoleillé inquiète les riverains. Les récipients dans lesquels sont recueillis les détritus sont encore vides. Le grillage servant de trappe aussi. Trois femmes, dont l’une accompagnée de sa fille, veillent au grain. Elles sont toutes vêtues de gants et de bottes en caoutchouc. Question de se protéger de l’acide qui se dégage du liquide. La gamine, les mains gantées, plonge à plusieurs reprises, une passoire dans la mousse. L’ustensile ressort vide à chaque fois. Selon les dames, il faut être attentives et surtout présentes, de peur de laisser passer le butin. Le dépotoir est parfois capricieux. Il peut arriver que rien ne se déverse pendant une semaine. Lasse d’attendre le moment M, elle quitte les lieux une trentaine de minutes après.

Bousculade

L’impatience se lit sur le visage du nouveau venu.  Le jour tire vers sa fin. Un garçonnet d’environ huit ans qui se poste au mont de la célèbre poubelle. Depuis un moment déjà, il sillonnait le site. Cette fois-ci, il n’est pas reparti. L’eau qui jaillit maintenant du canal prend de la couleur et bientôt de gros morceaux jaunâtres se distinguent. L’alerte est lancée. « Mama ! Mama ! Mama », s’écrit-il joyeux, en gambadant vers son domicile. Quelques secondes après, sa mère, une femme d’environ 50 ans, arrive en pressant le pas. Elle arbore des gants et des bottes en caoutchouc. Les pieds dans l’eau, seule,  réussit à remplir de moitié son récipient. Hélas, ce privilège ne va pas durer. Elle est rejointe par une dizaine de camarades et  leurs progénitures. Seaux à la main, sur la tête et parfois aux hanches. Illico, le site est noir de monde. Les femmes se bousculent. Les éclats de voix se font entendre.

A la conquête du détergent,  les femmes rajustent leurs bottes et leurs gants devenus glissants. Pour ne point laisser échapper le butin, certaines d’entre elles les retirent. Les vêtements mouillés collent à leur peau. Visages et bras sont recouverts de boue. Non loin, sur le versant, deux dames s’arrêtent. La mine impatiente, elles cèdent le passage à celles qui montent les récipients garnis sur leurs têtes. Les plus vielles se font aider pour  ne pas tomber. Et surtout, de perdre le butin après la chute. Il arrive aussi qu’on le dérobe. Les plus vigilantes ne le quittent donc pas des yeux. « Quand tu es distraite, on vole ton savon ou le diminue. Personne ne va avouer qu’il l’a pris ». Malgré ces précautions, les moins habilles trébuchent. Les tous petits s’amusent dans ce liquide chimique. Pourtant la réalité n’est pas aussi amusante que ce décor plaisant qu’on assimile ici à une partie de pêche.

Sidonie N. habite tout près du site. Depuis trois ans, elle ramasse des détritus de savon. Elle les prépare et les vends. L’ancienne vendeuse de bois, s’est reconvertie à la vente du savon nommé « Sambulu ». « Cette activité me rapporte beaucoup de bénéfices. L’approvisionnement est gratuit», justifie-t-elle.  La femme reconnait que ramasser ces résidus est une activité dangereuse. Il faut toujours se protéger les mains et les pieds avant d’entrer dans cette eau nauséeuse. Le liquide qui se déverse est dangereux. Il contient de l’acide et des produits chimiques dangereux. « Il arrive parfois que des fortes odeurs nous étouffent », se plaint-elle. Elle a  été victime de brûlures à plusieurs reprises et d’étouffement parfois. Son corps en est la preuve. Ces mains et ses jambes sont marquées de cicatrices. Ses doigts ont jauni. Ses ongles sont rongés. Le risque est énorme et sa vie peut en pâtir, reconnait-elle.

Jodelle Kayo-Mbo@ttitude

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