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Accaparement des terres : le Cameroun recule face à Herakles Farms

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ajafe-heraclesLes Bafia (une frange de la population  camerounaise) ont la particularité de danser en faisant un pas en avant et deux pas en arrière. La démarche de Philip Ngole Ngwese, le ministre des forêts et de la faune dans la gestion du dossier Herakles Farm ressemble étrangement à la façon de danser de ses compatriotes susmentionnés.

Tout se passe comme si ledit membre du gouvernement avait peur de se casser la figure dans le traitement du dossier Herakles farm, convaincu de destruction massive de la forêt dans la région du Sud-ouest du Cameroun. Au moment où les Organisations non gouvernementales locales et internationales, les populations de la région et même des cadres du ministère des Forêts et de la faune s’attendaient à ce que le gouvernement interdise tout simplement le projet Herakles qui bafoue la législation camerounaise sur l’environnement et hypothèquent l’avenir des populations, Ngole Ngwese a produit une timide injonction suspendant l’abattage des arbres sur le site du projet agro-industriel de la firme américaine dans les départements du Ndian et du Koupé-Manengouba. Toute chose qui a eu le don de choquer au plus haut point les tout-puissants américains qui ont décidé, le 21 mai 2013 de suspendre toutes leurs activités au Cameroun, et par ce fait, de mettre au chômage technique une partie de ses 690 employés locaux. En guise de représailles.

Les contradicteurs de Herakles qui se sont réjouis de cette  décision ont vite déchanté. En effet,  un rapport du ministère des forêts affirmait, en février 2013, que Herakles Farms, connu au Cameroun sous la dénomination Sithe Global Sustainable Oils Cameroon (SGSOC) a obtenu des terres « en ayant fréquemment recours à l’intimidation et à la corruption, particulièrement envers les chefs et décideurs influents au sein des communautés ». Les responsables de cette multinationale ont-elles utilisé les mêmes méthodes dans les hautes sphères de l’administration du Cameroun ?

Toujours est-il que le 29 mai 2013, soit une semaine après ce qu’il est convenu d’appeler le chantage américain, le ministre camerounais des Forêts et de la Faune a vite fait de lever sa mesure suspendant les opérations d’abattage d’arbres par la compagnie américaine Herakles Farms. Certaines sources assurent que cette volte face du ministre camerounais est survenue à la suite d’une réunion restreinte avec le Premier ministre Philemon Yang. C’est le lieu ici de rappeler qu’en 2011, Struggle to Economise Future Environment, une ONG camerounaise, avait réussi à obtenir de la justice locale l’arrêt des activités de Herakles Farms. Mais la sentence n’a pas pu être  respectée. Plus, le juge qui a rendu ce verdict a été dessaisi du dossier.

Des observateurs s’inquiètent véritablement sur la capacité des pouvoirs publics camerounais à protéger leur environnement. En 2009, le gouvernement camerounais avait cédé au franc symbolique 73 000 hectares de forêt à Herakles Farms pour un  gigantesque projet  de production de l’huile de palme. « Loyer ridicule (entre 0,5 et 1 dollar par hectare et par an contre « entre 3 000 et 4 000 dollars » en Malaisie) ; exemption fiscale pour une durée de dix ans après l’entrée en production de la plantation  », précise un document interne de Herakles Farms obtenu par Greenpeace et Oakland Institute. Plus grave, il a toléré toutes les menées hégémoniques et autres exactions de la SGSOC sur le site du projet.

Aujourd’hui, ce projet va dans tous les sens En effet, pendant que Herakles farms poursuit imperturbablement ses activités dans le Sud-ouest, certaines sources, notamment au ministère des forêts évoquent encore l’éventualité d’une révision de la concession signée avec les américains. Il serait question de ramener la taille du projet à 20.000 hectares, à de nouvelles conditions à renégocier.

Bernard Mawo

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